Laurent Pinatel : On ne fera pas taire le mouvement social !

TRIBUNE. Nous menons des combats pour une certaine idée du bonheur… et on nous oppose ce froid réalisme qui tente de nous marginaliser.

Laurent Pinatel  • 10 juin 2015
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Laurent Pinatel : On ne fera pas taire le mouvement social !
© **Laurent Pinatel :** Porte-parole de la Confédération paysanne. Photo : AFP PHOTO / GAIZKA IROZ

Le 17 juin, neuf militants de la Confédération paysanne vont être jugés en appel pour des actions de démontage sur le site de la ferme-usine des 1 000 vaches dans la Somme. Jugés pour s’en être pris à un projet industriel et financier, symbole d’une dérive de l’agriculture qui ne fera qu’accélérer la disparition des paysans. Face à la lourdeur des condamnations en première instance (de 2 à 5 mois de prison avec sursis), nous avons fait appel. Nous nous devions de refuser clairement cette négation de l’action collective. Cette répression qui s’abat aujourd’hui sur les syndicalistes de la Confédération paysanne n’est pas un cas isolé dans le paysage social d’un pays qui se targue encore d’être la patrie des droits de l’homme ! Il y a les neuf de la Conf’, mais il y a aussi les zadistes, les militants syndicaux révoqués de La Poste, les intermittents stigmatisés, les manifestants condamnés… Et tant d’autres dont on voudrait faire les exemples d’une société dans laquelle la liberté d’expression est insidieusement mise à mal, remise en cause au motif de ne pas troubler l’ordre établi, de ne pas « déranger »… « Crevez en silence, s’il vous plaît ! » Année après année, pour ne pas déranger les tenants du pouvoir économique et financier et la toute-puissance du libéralisme, le pouvoir politique tente d’affaiblir le rôle du mouvement social à coup de condamnations et de dénigrements. Ou comment faire régner un sentiment de dangerosité autour des combats pour un bien commun au service du plus grand nombre…

La loi renseignement, liberticide mais votée à une écrasante majorité à l’Assemblée nationale, des débats où on envisage d’interdire à certains de manifester, ou de brouiller les réseaux sociaux sur les ZAD et dans les manifestations… Il n’y a plus de limites à cet enchaînement de décisions politiques qui se revendiquent d’un « esprit du 11 janvier » qui semblait pourtant plus porté sur la liberté que sur la surveillance. Dans six mois, Paris sera au cœur de l’actualité en accueillant la conférence internationale sur le climat (COP 21). On sait que cette conférence sera aussi l’épicentre de la contestation de cette opération de communication qui distribuera les indulgences à tous ceux qui s’engraissent en détruisant l’environnement, au détriment de ceux qui y vivent. On prépare donc le terrain en désignant d’avance les empêcheurs de tourner en rond et en se donnant les moyens de les faire taire.

Nous ne sommes pas dupes, aucun de nous ne doit l’être ! Face aux multinationales et aux gouvernants qui les protègent, nous devons faire bloc, ne pas céder ! Qu’il s’agisse de défendre nos métiers, nos emplois, notre environnement, notre alimentation, notre vivre-ensemble, nous ne pouvons nous permettre de baisser les bras. Oui, le pouvoir est fort face au mouvement social. Nous n’avons pas ses moyens d’action et de répression, mais nous savons pourquoi nous luttons. Nous, militants syndicaux et associatifs, nous battons pour préserver des espaces de liberté, d’autonomie, pour redéfinir un espace de vie commune, pour des biens communs à sauver de cette folle libéralisation des échanges, de cette unique préoccupation de faire encore et toujours plus de profits, de bénéfices, de dividendes… Toujours spolier plus, détruire plus, précariser, polluer, user nos vies et notre planète et la jeter, puisque tout est désormais éphémère, puisque la culture du court-termisme prévaut désormais sur les notions de partage et de vivre-ensemble. Nous menons des combats, des luttes pour une certaine idée du bonheur… et on nous oppose ce froid réalisme, cette lucidité bidon qui tente de nous marginaliser, de nous stigmatiser, de réduire à la portion congrue nos revendications « saugrenues » et « irresponsables »… Parce que concentrer les richesses entre les mains de quelques-uns, ce n’est pas irresponsable ? La machine du politiquement correct qui dicte, qui trace des lignes de fracture entre les différents groupes de la société, nous exclut, nous licencie, nous traîne devant les tribunaux. Alors, nous nous remettons en marche, avec encore plus de force dans nos combats et, unis et déterminés, nous revendiquons une autre répartition, un autre modèle économique, en faisant fi de ces menaces et intimidations médiocres !

Nous, paysans, militants et sympathisants de la Confédération paysanne, sommes l’un des éléments de ce mouvement qu’on veut faire taire. Le 17 juin, devant le tribunal d’Amiens, comme ailleurs d’autres jours, pour d’autres militants, nous serons là, avec les ouvriers, les intermittents, les fonctionnaires, les étudiants, les citoyens engagés, pour montrer que nous ne céderons pas, que nous continuerons à nous battre, à résister ensemble !

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