Paul Weller : L’élégance en prime

L’art et la manière de Paul Weller sont toujours au rendez-vous de son onzième album studio.

Jacques Vincent  • 24 juin 2015 abonné·es
Paul Weller : L’élégance en prime
Saturns Pattern , Paul Weller, WEA.
© Photo WEA

L’homme a encore de beaux restes. C’est le constat que l’on faisait en sortant du concert de Paul Weller au Bataclan, en avril dernier. Constat satisfait de celui qui, par effet de miroir, voit certainement en l’autre, qu’il n’a pas vu depuis longtemps, les signes positifs de sa propre résistance au temps. Satisfaction aussi de savoir que l’on peut encore compter sur lui après une aussi longue fidélité. Paul Weller est de ces quelques artistes qui font partie de notre environnement proche depuis très longtemps. Depuis 1977 exactement, et l’irruption des Jam, trio néo-mod en noir et blanc qui s’est révélé plus formidable à chaque disque. Si l’épisode Style Council nous avait un peu éloignés, la carrière solo de Paul Weller, entamée dans les années 1990, nous a rapidement ramenés dans son orbite. Mais le temps passe, il y a des moments moins bons que d’autres, des disques aussi. En voici un nouveau, et on se rend compte que l’on a totalement raté le précédent, il y a trois ans.

Quels beaux restes sur scène alors ? D’abord une rare élégance vintage, chez Weller comme chez les membres de son groupe, signe persistant d’une certaine idée du rock. Les ballades soul aussi, une constante depuis les années 1990. Et les quelques morceaux du nouvel album laissant augurer d’un bon cru. Ce qui s’avère le cas. Saturns Patterns s’ouvre en mode heavy sous des nuées chargées d’électricité. C’est une matière organique dans la construction de laquelle les claviers jouent un rôle majeur : pianos acoustique et électrique, orgue, moog, mellotron. Une large palette instrumentale à l’œuvre tout du long d’un disque qui diversifie les atmosphères et les couleurs, apporte un soin particulier aux mélodies et aux vocaux, fait souvent appel aux chœurs.

Au palmarès des réussites figurent en bonne place plusieurs longs morceaux, chacun déclinant la soul à sa manière. Psychédélique pour « Phoenix » ou nuageuse pour « These City Streets », avec ce finale de huit minutes, spirale sonore hypnotique qui ressemble à un feu d’artifice filmé avec un léger ralenti. Saturns Pattern, qui se révèle lentement au fil des écoutes, illustre aussi une certaine manière de construire un disque : en ayant soin de varier les formes, les rythmes et les tons. À l’ancienne, pourrait-on dire. Dans une démarche moins nostalgique qu’intemporelle.

Musique
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