Citoyens, électeurs, abstentionnistes... et militants, prenons la vague!

TRIBUNE. Conseillère régionale EELV, Marie Bové s'explique sur son soutien à «La Vague citoyenne» en Aquitaine, Poitou-Charentes et Limousin. Et appelle plus généralement les partis politiques à soutenir les mouvements citoyens.

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Les dernières élections en Grèce ou en Espagne et les mouvements citoyens qui se développent en France ont clairement démontré un besoin de débat et une envie impérieuse de changement d’organisation de nos démocraties. Face à ces constats, nous avons décidé, avec les autres signataires venus de tous horizons, de créer et de faire vivre « La Vague Citoyenne » en Aquitaine, Poitou-Charentes et Limousin.

Marie Bové est conseillère régionale Aquitaine, présidente de la Commission de la coopération, et membre du Congrès des pouvoirs locaux du Conseil de l’Europe. Elle est aussi membre du bureau national exécutif EELV. - AFP / MEHDI FEDOUACHAccueillir des réfugiés ? Oui. Aujourd’hui, très concrètement, conformément à la tradition d’accueil des réfugiés dans notre pays, nous avons le devoir de recevoir ces milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui fuient les guerres. L’exode forcé de familles au péril de leur vie n’est pas un luxe, c’est une condition de survie. Plus de 36 000 personnes ont déjà signé la pétition « NOUS VOULONS ACCUEILLIR LES REFUGIES » initiée par « La vague citoyenne » pour répondre aux droits les plus fondamentaux des personnes. L’effroi, la compassion et les larmes ne suffisent pas. Dépasser les égoïsmes nationaux et le fantasme du bouclage des frontières c’est répondre à un principe de réalité pour le maintien de la paix et la démocratie.

Aujourd’hui ce sont des réfugiés de guerre, demain qu'en sera-t-il avec les quelques 250 millions de réfugiés climatiques d’ici 2050? Aurons-nous la prétention de changer le climat pour faire reculer les océans ? Arrêtons le délire, prenons acte des bouleversements qui s’imposent à nous et osons changer de logiciel.

La tâche est immense. Un seul parti politique, même le meilleur (avec ses militants, ses cadres et ses élus), peut-il se prévaloir à lui seul de porter des enjeux sociaux et environnementaux aussi colossaux ? Je ne le pense pas. Je ne le pense plus.

La logique d’appareil ou celle d’un cartel d’appareils est rassurante pour les adhérents et une partie de l’électorat. Mais à elle seule, cette logique est dépassée : la structure même des partis politiques ne répond plus en l’état aux attentes de nos concitoyens. Pire, elle peut s’avérer profondément nuisible à l’élaboration d’un projet politique qui réponde globalement aux besoins de l’humanité

Dépasser les querelles de clocher

En Aquitaine, Poitou-Charentes et Limousin, l’appel de « La vague citoyenne » existe. Cet appel démontre clairement l’intérêt qui est porté à la chose politique, à l’intérêt général.

Notre région ne vit pas sous cloche. Les succès remportés en Espagne dans les villes de Barcelone, Pampelune ou encore Madrid témoignent d’un mouvement profond dans notre société occidentale pour réhabiliter un contrat social avec et au service des populations. Le nier serait une aberration. Et c’est pourquoi, « La vague citoyenne » est ouverte à toutes celles et ceux qui partagent les valeurs de l’écologie, de la transformation sociale et de l’humanisme . Prendre en compte les laissés pour compte qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs, chômeurs ou réfugiés ne répond pas seulement à un devoir. C’est une nécessité pour préserver la paix et le développement de nos sociétés.

En tant que responsable politique EELV et dans le respect que je porte aux militants de mon parti, j’estime que « la vague citoyenne » est une chance pour soutenir des mobilisations et assumer des responsabilités. Oui c’est une chance pour réaliser un score à deux chiffres aux élections régionales, une chance pour la représentativité, une chance pour un projet qui dépasse les clivages idéologiques, une chance pour gagner des combats, une chance pour l’écologie politique.

Les signataires de « la vague citoyenne » assument la diversité de leurs engagements, de leurs appartenances politiques, de leurs âges, de leurs activités professionnelles ou de leurs conditions de vie. Aujourd’hui ils choisissent de faire de leurs différences des qualités pour dépasser les querelles de clocher : ils s’engagent pour l’émergence d’un projet commun élaboré et porté par les citoyens face au dérèglement climatique, social, économique et démocratique .

Oui à une citoyenneté ouverte

En tant qu’élue, responsable politique et signataire de « La Vague Citoyenne », quel est le sens de mon engagement ?

Tout simplement, je dis oui à une démocratie qui accueille chaque personne et chaque histoire sans opposer le travailleur au chômeur, le bien portant au malade, le lettré à l’ignorant, le natif de notre territoire à l’étranger, le nomade au sédentaire, le sénior au jeune, le paysan à l’ouvrier...

Je dis oui à une citoyenneté ouverte permet de conquérir de nouveaux droits en dépassant le conformisme des acquis et l’inertie des pensées politiques.

Je dis oui à une citoyenneté qui dépasse les frontières de notre localité jusqu’à celles de l’Europe pour que chaque langue, chaque mode de vie, chaque culture soient l’expression souveraine des peuples.

Je dis oui à une remise en cause de notre système de production et de consommation générant toujours plus d’inégalités sociales, le pillage des ressources naturelles, la dérèglementation de l’économie réelle, la concurrence des territoires et le contrôle des libertés individuelles.

Je dis oui à un projet collectif où l’écologie environnementale, sociale et économique permette de changer le modèle des politiques publiques régionales pour répondre aux besoins immédiats des concitoyens sans compromettre les générations futures.

Métamorphoser chaque motif d'indignation en espoir

Quel serait le sens d’un soutien des partis politiques à cette dynamique ?

Changeons de paradigme ! Les partis ont l’habitude de faire appel aux personnalités de la société civile pour séduire les électeurs. Aujourd’hui, c’est aux citoyens qui ont une nouvelle vision du monde de proposer à des partis déconsidérés et à bout de souffle, d’apporter leur expertise. Les formations politiques doivent désormais soutenir un mouvement qui porte un dessein qu’ils ont perdu…

Ils doivent faire un pas avec des femmes et des hommes de la société civile doués de compétences et aux parcours différents.

Ils doivent écouter les colères légitimes exprimées lors des dernières élections locales par la voix de l’abstention ou celle du refuge nationaliste : le désarroi social, le déclassement, la dégradation du cadre de vie, l’accès difficile à un logement de qualité, le coût des transports, le sentiment d’abandon, la désertification des campagnes, l’hégémonie des métropoles, la pollution environnementale… Chaque motif d’indignation peut se métamorphoser en un espoir de bien-être et de vivre ensemble.

Ils doivent se confronter à ce nouvel espace de souveraineté populaire qui prend sa source du champ du paysan à l’assiette du consommateur, de l’école au travail, de l’entreprise aux biens et services, des projets inutiles aux espaces protégés, des identités culturelles à la dignité.

Aujourd’hui un nouvel espace politique force dans les interstices : les appels citoyens en sont l’expression. Il appartient aux partis politiques, dont EELV, de soutenir cette parole publique pour réduire les émissions de gaz à effet d’exclusion, favoriser les énergies de la transformation sociale et dépasser l’uniformisation des propositions politiques.

J’estime qu’il est temps d’en finir avec la logique des dents creuses pour combler les listes électorales avec des représentants du tissu associatif, syndical, culturel ou économique : à nous politiques de soutenir les citoyens sans faire de notre main tendue la gamelle des déshérités ou le berceau du clientélisme.

Conseillère régionale en Aquitaine, j’appelle à rejoindre « La vague citoyenne » pour les prochaines échéances électorales de décembre 2015.


Photo : JOEL SAGET / AFP

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