Heinich et son bêtisier (« À flux détendu »)

On peut être sociologue et bête comme ses pieds.

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On peut être sociologue et bête comme ses pieds. Je dis cela avec une certaine tristesse car, de façon générale, j’aime beaucoup les sociologues. Mais certains propos dépassent l’entendement au point de confiner, restons polis, à la grosse ânerie. Exemple récent : ceux qu’a tenus Nathalie Heinich le 4 septembre sur France Culture au sujet du projet de loi sur la liberté de création. « La liberté de création existe déjà. En fait, on est en train de nous faire passer une loi qui garantirait un privilège juridique pour les artistes, qui auraient le droit de faire ce que les citoyens n’ont pas le droit de faire. C’est-à-dire qu’on nous remet les privilèges aristocratiques d’Ancien Régime et on oublie la nuit du 4 août. » Fortiche, Heinich. Sauf que la directrice de recherche au CNRS semble avoir mécompris de quoi il retourne. Il ne s’agit pas, par exemple, de permettre aux écrivains de forniquer avec des enfants. Mais de protéger le fait de créer un personnage pédophile sans que les ligues de vertu dénoncent une incitation au crime et envoient devant les tribunaux ces auteurs suspects de mœurs déviantes. Et c’est vrai pour toutes les œuvres, en particulier celles qui vont titiller tout ou partie du corps social là où cela gratte, déclenchant des ires incontrôlées et des actes de censure. Nathalie Heinich n’aurait-elle pas vu que l’époque, en matière d’art, est plus propice au réflexe d’intolérance qu’au débat critique ? Pas sûr, puisqu’elle-même participe au mouvement de rejet populiste de l’art contemporain, tout comme elle fut, par ailleurs, anti-pacs et anti-mariage pour tous. C’est ce qu’elle fait en sous-entendant, dans Libération (du 12/13 septembre), qu’Anish Kapoor n’a qu’à s’en prendre au « caractère transgressif » de son œuvre installée à Versailles si celle-ci a été vandalisée à trois reprises. Nathalie Heinich a publié un livre qui a pour titre le Bêtisier du sociologue. Une autobiographie ?


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