Des films en mal d’écrans

Parvenir à ce qu’un film rencontre son public relève désormais d’un combat héroïque.

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Combien de fois ai-je entendu de potentiels spectateurs d’un film attisant leur curiosité regretter ne l’avoir vu parce qu’aucun cinéma proche de chez eux ne l’avait programmé ? Réaliser un film ayant un tantinet de singularité, réunir ses financements n’est pas une sinécure, mais parvenir à ce qu’il rencontre son public relève désormais d’un combat héroïque.

Dans un rapport rendu fin 2013 portant sur « le financement de la production et de la distribution cinématographiques », René Bonnell (photo) écrivait : « Distribuer un film revient plus que jamais à mener une bataille de communication pour l’imposer au marché sur une fenêtre d’exploitation qui ne cesse de se réduire dans le temps. […] De là, la stratégie de l’offre saturante en publicité et copies pour les films porteurs de gros espoirs commerciaux. D’autres films dont le contenu ne se prête pas à la méthode cherchent un positionnement ciblé adapté à un public supposé plus restreint. S’ils y parviennent, le temps leur manque souvent pour être correctement exploités tant paraît grande la bousculade devant les écrans qu’intensifie la pratique de la multiprogrammation. »

Paradoxalement, il y a quelques jours, le distributeur d’un premier long-métrage chinois, Kaili Blues, très remarqué dans les festivals et par la presse (voir p. 27), prenait la plume pour dénoncer les modalités de sortie à Paris : Kaili Blues n’existera que dans deux salles, chez UGC et MK2, mais dans aucun cinéma indépendant, davantage voué à accueillir ce type de films.

Or, voilà qu’un amendement inséré dans la loi sur la liberté de création, actuellement en cours de discussion, prévoyait les bases d’une régulation des conditions d’exposition des films en salles. C’était sans compter sur la pusillanimité du gouvernement, qui, finalement, en a retiré tout ce qui concerne la diffusion des œuvres, « sous la pression des grands circuits », dénonce la Société des réalisateurs de films dans une tribune signée par de nombreux cinéastes. Qu’est-ce que la liberté de création sans la liberté de diffusion ? La question valant aussi pour l’édition prise dans les mouvements de concentration, Jérôme Lindon l’avait posée à sa manière, sarcastique et définitive : « Qui remarque l’absence d’un auteur inconnu ? »


Photo : DOMINIQUE CHARRIAU / GETTY IMAGES / AFP

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