La Cimade dénonce le traitement des demandeurs de titre de séjour

L’association s’inquiète des difficultés croissantes rencontrées par les nouveaux immigrés, dans un rapport fondé sur les constats de ses permanences.

Léa Esmery  • 17 mars 2016
Partager :
La Cimade dénonce le traitement des demandeurs de titre de séjour
© Photo: File d'attente des étrangers venus renouveler leur titre de séjour à la préfecture de Lyon, le 16 février 2015; certains étaient déjà là à 4 heures du matin, dans le froid (JEFF PACHOUD / AFP).

Dans un rapport publié le 16 mars, la Cimade (Service œcuménique d’entraide) dénonce l’exclusion croissante des personnes étrangères des guichets de préfectures. En cause, la dématérialisation de plus en plus prégnante depuis 2012 des services auprès desquels celles-ci effectuent leurs démarches ou demandes de renouvellement de titre de séjour. Une tendance qui se serait même accentuée ces deux dernières années.

L’association dénonce également des délais à rallonge, des informations « ni fiable, ni uniforme » ou des refus « abusifs » d’enregistrement. Les démarches visant à l’obtention d’un titre de séjour sont trop souvent marquées « par des dysfonctionnements qui restreignent, voire interdisent, l’accès aux préfectures des demandeurs, de plus en plus mis à distance de l’administration ». Faute de moyens, certaines préfectures en sont tout bonnement venues à fermer leurs guichets de pré-accueil.

Intitulé « A guichets fermés », ce rapport contredit allègrement un rapport de l’Inspection générale de l’administration (IGA) affirmant en décembre 2014 que l’accueil des étrangers s’était « nettement amélioré ». Afin de démontrer la persistance du « caractère indésirable » des demandeurs d’asile, la Cimade s’est même livrée à une petite expérience. L’association a mis en place des logiciels sollicitant des rendez-vous auprès de plusieurs villes, à savoir l’Haÿ-les Roses, Nanterre ou Nogent-sur-Marne. Résultat, ceux-ci ont tous été refusés.

« Selon l’endroit où l’on fait sa demande, on ne sera pas traité de la même façon », souligne Lise Faron, l’auteur du rapport, qui note « qu’en région parisienne et dans le Rhône, c’est pire ».

Des difficultés insurmontables ?

L’obtention d’un rendez-vous ne signifie en rien la fin du parcours de combattant effectué par les personnes qui s’engagent dans ce type de démarches. D’autant que les machines qui les délivrent présentent quelques bugs: à Toulouse, un demandeur accompagné par la Cimade s’est vu convoqué le 3 juillet… 1969! L’association s’inquiète en outre, une fois le rendez-vous obtenu, de l’« enregistrement incertain du dossier », enregistrement pour lequel il est très difficile d’obtenir la moindre preuve. Quant au délai d’instruction, l’association affirme qu’il peut se compter en années.

La Cimade souligne que ces « pratiques discriminantes concernent souvent des catégories de personnes particulièrement vulnérables » et déplore le fait que celles-ci soient souvent renvoyées par les préfectures vers des associations. L’administration est donc en cause à tous les niveaux, tant concernant l’accès à l’information que pour le traitement des demandes. Une situation sur laquelle les demandeurs, qui craignent les représailles des pouvoirs publics, n’ont aucune prise.

Rien ne semble être fait au niveau de l’Etat pour dénouer la situation. Même le titre pluriannuel prévu par la récente loi sur le droit des étrangers, afin d’éviter une multiplication des démarches, n’y changera pas grand-chose pour Mme Faron, en raison des « nombreuses exceptions prévues » et du « renforcement des méthodes de contrôle » qui « multipliera les passages en préfecture ».

L’association émet tout de même quelques recommandations telles qu’allouer des moyens humains « pérennes et suffisants », assurer une formation des personnels, publier la circulaire établissant la liste des pièces exigibles, ou encore « communiquer clairement sur les modalités de dépôt des demandes ». Reste à voir si ce rapport, qui rappelle le service public à ses engagements, sera suivi d’effets sur le terrain…

Police / Justice
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Face aux lycéens, une chaîne pénale au service du maintien de l’ordre
Enquête • 7 octobre 2026 libéré

Face aux lycéens, une chaîne pénale au service du maintien de l’ordre

Entre le 28 septembre et le 5 octobre, plus de 5 000 personnes ont été placées en garde à vue. Parmi elles, 85 % de mineurs. Une répression inédite faisant suite à des consignes ministérielles.
Par Pauline Migevant et Céline Martelet
Procès des « passeurs » : des hommes accusés d’avoir hébergé des victimes quelques jours avant le naufrage meurtrier
Récit • 21 septembre 2026

Procès des « passeurs » : des hommes accusés d’avoir hébergé des victimes quelques jours avant le naufrage meurtrier

Les auditions dans le procès dit des « passeurs » se sont clôturées sur les dépositions de Zar Mohamad S. et Shahed M. Selon l’accusation, les deux amis auraient chacun hébergé au moins une des 31 victimes avant le naufrage. L’un réfute, l’autre reconnaît. Tous deux pensaient « rendre service à un ami ».
Par Pauline Migevant
Portfolio : « Non au permis de tuer », les familles de victimes en tête du cortège à Paris
Manifestation • 21 septembre 2026

Portfolio : « Non au permis de tuer », les familles de victimes en tête du cortège à Paris

Des familles de victimes aux associations de défense des droits, en passant par les syndicats et les partis de gauche, le 20 septembre a rassemblé à Paris – et dans de nombreuses villes françaises – un front large contre la présomption d’usage légitime des armes par les forces de l’ordre. Dans le cortège, les visages, les noms et les slogans ont rappelé que derrière la bataille législative se joue aussi une lutte plus ancienne.
Par Maxime Sirvins
Naufrage dans la Manche : des petites mains du réseau expliquent avoir voulu passer en Angleterre
Justice • 18 septembre 2026 abonné·es

Naufrage dans la Manche : des petites mains du réseau expliquent avoir voulu passer en Angleterre

Le procès des passeurs présumés, suite au naufrage ayant tué 31 personnes dans la Manche, a commencé le 8 septembre. Parmi les 14 prévenus, certains assurent avoir travaillé pour les filières afin d’assurer leur propre passage vers les îles britanniques.
Par Pauline Migevant