Assurance chômage : Les neuf « pistes» du patronat pour faire des économies

Les partenaires sociaux se rencontrent pour une nouvelle séance de négociation concernant la convention d’assurance chômage autour des propositions faites par le patronat.

Chloé Dubois (collectif Focus)  • 28 avril 2016
Partager :
Assurance chômage : Les neuf « pistes» du patronat pour faire des économies
© Photo : FADEL SENNA / AFP

Voilà des «pistes d’évolution» qui risquent de ne pas plaire. En début d’après-midi, les syndicats vont entamer leur cinquième séance de négociation avec la partie patronale (Medef, CGPME, UPA). Il ne s’agit toutefois pas d’une rencontre conclusive puisque d’autres rendez-vous sont prévus en mai. L’objectif de ces discussions est de trouver un accord concernant la nouvelle convention d’assurance chômage (Undédic) pour remplacer l’actuelle, qui prend fin le 30 juin.

Mardi soir, le patronat a transmis aux syndicats neuf propositions dans le but d’enrayer le déficit de l’assurance chômage, estimé à 4,2 milliards d’euros en 2016. Mais cette rencontre intervient également près d’une semaine après que Pierre Gattaz, le président du Medef, ait menacé de se retirer des négociations si «rien ne bougeait» sur le projet de loi travail, examiné à l’Assemblée nationale à partir du 3 mai, concernant notamment la mesure proposée par Manuel Valls à propos de la taxation des CDD.

Ce document liste neuf propositions visant à «optimiser» les règles d’indemnisation du chômage de l’Unédic :

  • Le patronat propose de sanctionner l’absence de recherche d’emploi par une «dégressivité des allocations», autrement dit, une diminution de l’indemnisation du demandeur d’emploi.

  • Réformer les modalités de calcul allocations-salaire pour les demandeurs d’emploi qui alternent contrats courts et périodes de chômage. Le patronat souhaite ainsi «revenir aux fondamentaux de l’assurance-chômage qui consiste à verser un revenu de remplacement, et non un revenu de complément».

  • Moduler la durée d’indemnisation selon le taux de chômage. Ainsi, le ratio «1 jour cotisé = 1 jour indemnisé» varierait à la hausse ou à la baisse en fonction de la «situation effective sur le marché du travail» : 1,2 jour indemnisé si le taux de chômage dépasse les 12%, 0,8 jour indemnisé s’il passe en dessous des 9%.

  • Reculer à 59 ans l’entrée dans la filière senior, qui permet d’être indemnisé jusqu’à trois ans dès 50 ans. Si le taux de chômage des plus de 50 ans est inférieur à celui du reste de la population, ce sont aussi eux qui y restent le plus longtemps. Les demandeurs d’emploi de 50 ans et plus peuvent actuellement être indemnisés jusqu’à 36 mois, au lieu de 24 mois pour les autres actifs. En faisant reculer l’entrée dans la filière sénior au personnes d’au moins 59 ans, le patronat s’assure de belles économies. En proposant aux demandeurs d’emplois qui ont entre 50 et 55 ans, 24 mois d’indemnisation maximum, avec un abondement de 500 heures de son compte personnel de formation (CPF). La période d’indemnisation pourrait augmenter par paliers de 6 mois selon les tranches d’âge (55-57 ans, 57-59 ans), mais uniquement en cas de formation.

  • Le patronat propose enfin de geler le financement de Pôle emploi par l’Unédic, qui est aujourd’hui proportionnel aux cotisations collectées.

  • Les organisations patronales souhaitent également accélérer les délais d’entrée en formation pour ceux qui souhaitent acquérir de nouvelles compétences en fixant un objectif à quatre mois.

  • Supprimer le système d’opting out des employeurs publics, au motif que «l’indemnisation des travailleurs transfrontaliers coûte plus au régime qu’elle ne devrait, particulièrement concernant la Suisse et le Luxembourg.»

  • Afin de remédier à cela, le patronat propose «d’interpeller l’État sur la nécessité de réviser les modalités de compensations» entre la France et les deux pays susmentionnés, afin «qu’elles soient plus favorable aux comptes de l’assurance chômage».

  • Enfin, le patronat souhaite «améliorer l’accompagnement des chômeurs qui souhaitent créer ou reprendre une entreprise en simplifiant les règles de cumul allocations et des revenus d’activité.»

Travail Économie
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

En images : le feu de la colère des pompiers
Portfolio • 29 septembre 2026

En images : le feu de la colère des pompiers

Près de 8 000 sapeurs-pompiers ont manifesté à Paris ce mardi 29 septembre. Pétards, fumigènes et cercueils ont accompagné un cortège venu réclamer des moyens pour une sécurité civile sous tension. Reportage photo.
Par Maxime Sirvins
Une chasse aux arrêts maladie abusifs ouverte sur le dos de salarié·es en souffrance
Santé • 25 septembre 2026

Une chasse aux arrêts maladie abusifs ouverte sur le dos de salarié·es en souffrance

Le nombre d’arrêts de travail indemnisés ne cesse de progresser en France, plus 10 % entre 2019 et 2024. Le gouvernement, le Medef et ses alliés de droite y voient des abus. Les médecins généralistes, les syndicats y lisent, au contraire, un profond mal-être des salarié·es.
Par Céline Martelet
Budget : Sébastien Lecornu continue d’attaquer les arrêts maladie et braque la gauche
Santé • 25 septembre 2026 abonné·es

Budget : Sébastien Lecornu continue d’attaquer les arrêts maladie et braque la gauche

Le gouvernement multiplie les annonces sur le dossier brûlant des arrêts de travail. Il compte trouver deux milliards d’euros. Un objectif difficilement acceptable pour la gauche. Les socialistes ont d’ailleurs annulé les réunions prévues cette semaine avec les ministres concernés.
Par Lucas Sarafian
Sous-traitants d’EDF : les sacrifié·es du parc nucléaire français
Enquête • 16 septembre 2026 libéré

Sous-traitants d’EDF : les sacrifié·es du parc nucléaire français

Chaque année, pour faire fonctionner les dix-huit centrales du pays, entre 20 000 et 40 000 sous-traitant·es sont employé·es par EDF pour les activités de maintenance. Une main-d’œuvre indispensable fortement exposée à la radioactivité et trop peu protégée, écoutée.
Par Céline Martelet