Brésil : Triste folklore

On touche à l’indécence quand une assemblée où 60 % des députés ont des démêlés judiciaires vote la destitution de Dilma Roussef.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Fascinante session à la Chambre des députés de Brasília, dans la nuit de dimanche dernier. Après le discours des 25 partis représentés, c’est le défilé des 511 élus (2 absents) pour énoncer un « pour » ou « contre » la destitution de Dilma Roussef. Quelques secondes en pleine lumière (la retransmission est publique), marquées par une rage mal dissimulée contre la personne même de la Présidente, au prétexte d’un « crime de responsabilité » qui justifie cette procédure constitutionnelle enclenchée par Eduardo Cunha, président de la Chambre.

Surnage l’accusation « d’incompétence » face à la crise économique, hors sujet et frisant parfois le sexisme. On touche à l’indécence quand ceux qui invoquent la lutte « contre la corruption et le vol » assènent leur « pour » face à un Cunha convaincu d’avoir dissimulé 5 millions de dollars en Suisse, et devant une assemblée où 60 % des députés ont des démêlés judiciaires – dont Dilma Rousseff est, elle, indemne. Et quand le fatidique 342e « pour » est prononcé (deux tiers des votants), une liesse de stade de foot emporte les partisans de la destitution.

Ce n’est pas le bout du chemin. Si le Sénat se prononce dans le même sens, début mai, la Présidente sera éloignée le temps d’une enquête qui devra établir si les (traditionnels) maquillages budgétaires dont Dilma Rousseff a usé avant le scrutin de 2014 qui a vu sa réélection constituent un « crime de responsabilité ». Quelle que soit l’issue, c’est l’image d’une démocratie brésilienne fortement meurtrie qui ressort du folklore ourdi par les plus corrompus de ses élus. Même sauvée, où Dilma Rousseff trouverait-elle une majorité pour gouverner ? Elle rejette pour l’instant une élection anticipée, qu’attend patiemment le PSDB (centre-droit), principal parti d’opposition et coauteur de ce « coup d’État contre la démocratie » dénoncé par la gauche.


Haut de page

Voir aussi

Éloge de l’intersectionnalité

Idées accès libre
par ,

 lire   partager

Appel pour les marches des libertés samedi 28 novembre partout en France

Tribunes accès libre
par ,

 lire   partager

Articles récents

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notfications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.