L’amour en peluche

Avec La Sociologue et l’Ourson, Étienne Chaillou et Mathias Théry reviennent sur le mariage pour tous, avec une forme très originale.

Jean-Claude Renard  • 6 avril 2016
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L’amour en peluche
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On entre là dans une chambre qui semble être celle d’un enfant, du moins un grand enfant, aves ses jouets, ses peluches et ses marionnettes. « J’espère ne pas devenir l’héroïne du film, tout de même ! », lance la mère à son rejeton quand celui-ci lui fait part de son intention de la filmer à l’Élysée.

C’est que la sociologue de renom Irène Théry, spécialisée dans le droit et la famille, est invitée justement au palais -présidentiel pour un déjeuner avec François Hollande, consacré au projet de loi sur le mariage pour tous. Pour le coup, le fiston ne sera pas autorisé à tourner au-delà de la porte d’entrée. Sa mère lui fera un compte rendu le lendemain par téléphone.

On est en septembre 2012. Les débats autour du mariage pour tous ne font que commencer ; ils dureront jusqu’en mai de l’année suivante. Soit une lente gestation législative, ponctuée -d’embrasements. Pour illustrer ces débats agitant la France, Étienne Chaillou et Mathias Théry ont choisi des peluches, des bouts de carton et des marionnettes, en lieu et place des protagonistes. Un dispositif éprouvé tout au long du film, qui va de ce déjeuner de travail présidentiel à l’adoption du texte. Pari formel et original particulièrement osé pour tenter de comprendre « pourquoi tout le monde s’est engueulé pendant un an ».

Restituant un véritable feuilleton national, résolument pédagogique et respectant la chronologie, La Sociologue et l’Ourson évoque successivement l’histoire familiale (jusqu’à remonter trois générations pour expliquer l’évolution du mariage dans notre société), des scènes de la vie quotidienne, des manifestations, Mai 68, François Hollande, les journaux télévisés de David Pujadas et de Claire Chazal (en volatiles), Frigide Barjot, le processus de procréation, l’insémination -artificielle, la filiation, les notions de transmission, Christiane Taubira, les nombreux rapports houleux à l’Assemblée nationale… Entre deux séquences, Étienne Chaillou et Mathias Théry (déjà auteurs de plusieurs web-séries documentaires) ajoutent des actualités « réelles », puisent dans les archives et suivent fidèlement les travaux et les démarches d’Irène Théry, ses interventions dans les médias, mais aussi ses échanges avec son fils, principalement téléphoniques.

Passant d’un univers à l’autre, s’avançant dans un dialogue dynamique, La Sociologue et l’Ourson tient donc autant sur le mariage pour tous que sur la relation mère/fils, sur un ton et un parti pris joliment ludiques. Un récit à la fois intime et universel, où les peluches et les marionnettes apportent un certain recul, en toute légèreté, sans être pour autant désincarnées, mais donnant aussi l’impression d’être déjà dans l’histoire ancienne.

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Cinéma
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