Le pari risqué de Mahmoud Abbas

Le président de l’Autorité palestinienne vise à sortir du tête-à-tête stérile avec Israël.

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Est-ce l’initiative de la dernière chance ? L’ultime tentative avant que la solution « à deux États » soit définitivement enterrée par la politique israélienne de colonisation ? Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, veut y croire. De passage à Paris les 15 et 16 avril, où il a été reçu par François Hollande, il a réaffirmé son credo au cours d’une rencontre avec une poignée de journalistes et d’universitaires.

Il s’agit en fait de deux initiatives, que Mahmoud Abbas veut convergentes. Le vieux leader palestinien va d’abord défendre devant le Conseil de sécurité des Nations unies une résolution condamnant la colonisation. Une énième démarche qui risque, comme les précédentes, de rester sans effets sur le terrain.

Mahmoud Abbas compte ensuite sur une deuxième initiative, lancée par l’ancien ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Il s’agit d’une mécanique complexe qui vise à sortir du tête-à-tête stérile avec Israël et à dépasser le cadre du « Quartet » (États-Unis, Nations unies, Russie et Union européenne), « sans se substituer à lui », a précisé Mahmoud Abbas. Au cours d’une première phase, a-t-il expliqué, les ministres des Affaires étrangères « du plus grand nombre de pays possible » rédigeront le contenu d’un projet d’accord. Cela, en l’absence des Israéliens et des Palestiniens. Ce texte serait ensuite examiné lors d’une deuxième rencontre à laquelle participeraient les deux principaux intéressés et un groupe de pays chargés de soutenir le processus. « Une sorte de congrès de la paix », a indiqué Mahmoud Abbas.

Le leader palestinien a insisté sur le fait que ce groupe élaborerait « un calendrier des décisions ». « Plus question de continuer à négocier pour négocier », a-t-il affirmé. Mais que se passerait-il si Israël refusait de participer à ce processus, comme ses dirigeants l’ont déjà annoncé ? « La question se posera à la communauté internationale », estime Mahmoud Abbas, qui rappelle que « la Palestine est le seul pays de la planète encore sous occupation ».

Reste à savoir si un nombre suffisant de pays seront d’accord pour s’impliquer dans ce processus complexe, et jusqu’où ils seront prêts à faire pression face au probable refus israélien. Et quelle attitude adopteront les États-Unis, au moment où les candidats à la présidentielle – à la notable exception de Bernie Sanders – se pressent pour faire allégeance à l’Aipac, le lobby pro-israélien ? Et il n’est même pas sûr que la France suive sa propre initiative. Laurent Fabius avait annoncé qu’en cas d’échec Paris reconnaîtrait l’État palestinien, mais son successeur au Quai d’Orsay, Jean-Marc Ayrault, a déjà fait marche arrière, en précisant qu’il n’y aura « rien d’automatique ».


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