Barbara Romagnan : « Il doit y avoir un avant et un après 49.3 »

La députée Barbara Romagnan explique pourquoi elle n’a pas voté la motion de censure de droite et comment la bataille peut se poursuivre.

Michel Soudais  et  Pauline Graulle  • 18 mai 2016 abonné·es
Barbara Romagnan : « Il doit y avoir un avant et un après 49.3 »
© Photo: Michel Soudais

Après avoir déposé une motion de censure de gauche avec 55 autres députés de différentes formations, la socialiste frondeuse Barbara Romagnan a refusé de voter la motion de droite. Pour elle, cela aurait été incohérent et, surtout, n’aurait pas empêché la loi travail de passer.

Vous avez hésité un moment à voter la motion de censure de la droite, puis vous vous êtes ravisée. Pourquoi ?

Barbara Romagnan Pour moi, rien n’allait de soi : quand une situation politique est inédite, on doit changer de réflexes. J’ai donc sérieusement envisagé de voter la motion présentée par la droite parce que, en utilisant le 49.3, le gouvernement ne nous donnait pas d’autre possibilité que la censure pour exprimer notre opposition à la loi travail et à ce passage en force. Dans ce contexte, on aurait pu légitimement considérer comme un mal nécessaire le fait de voter un texte de droite. Or, quand bien même les 56 députés signataires auraient tous voté la motion de la droite – ce qui était impossible, certains l’avaient fait savoir –, ça n’aurait pas suffi à atteindre les 289 voix nécessaires.

Est-ce la non-efficacité du vote plus que sa cohérence qui a déterminé votre choix ?

Mais la cohérence de voter une motion de censure de droite quand on est de gauche ne va pas de soi ! Je ne fais pas de la politique toute seule, il y a autour de moi des citoyens, des militants, des gens avec qui je travaille sur les questions climatiques, de travail ou de migrations, qui étaient pour la victoire d’une motion de gauche mais qui m’ont dit : « Tu ne peux pas aller sur un texte ultralibéral qui casse les syndicats. » Quel sens cela aurait-il eu de mêler pour rien ma voix avec des gens de droite ?

Je n’ai pas voté la confiance au gouvernement Valls [ils étaient 11 députés, NDLR], j’ai voté contre l’état d’urgence en novembre [ils étaient 6 députés, NDLR], ce n’est donc pas la solitude qui me fait peur. Mais, là, j’ai eu le sentiment que signer avec la droite aurait brouillé le message et terni l’effet positif de l’événement : que 56 députés de quatre formations – socialistes, écologistes, communistes et même un centriste – s’allient pour demander la censure d’un gouvernement socialiste, c’est du jamais vu !

Cela ne vous discrédite-t-il pas plus de rester dans les rangs du gouvernement ?

Cela fait longtemps que je me démarque de la ligne gouvernementale dans mes votes, donc je ne pense pas que ma cohérence soit en doute. Pour la motion de censure, il n’y avait pas de réponse tranchée, les différentes positions peuvent se défendre, je peux entendre qu’on trouve cela insuffisant… J’ai fait un choix.

Y a-t-il un espoir, malgré tout, d’empêcher que cette loi aille à son terme ?

C’est possible, même si cela semble difficile. On a certes perdu cette bataille à l’Assemblée, mais le texte va revenir après un passage au Sénat, et on verra bien, alors, si on présente à nouveau une motion de censure et si des voix s’ajoutent. Beaucoup de choses dépendront des mobilisations dans la rue. Même si je suis très inquiète de ce climat de tension extrême entre une police sous pression et les manifestants.

Que vous inspire l’initiative de Cambadélis de vous soumettre, vous, les députés PS qui ont présenté la motion de censure, à une commission d’éthique ?

Sur les questions d’éthique, je crois que ceux qui ont remis en cause nos valeurs et nos engagements, par exemple en votant la déchéance de nationalité, ne sont pas les mieux placés pour nous donner des leçons.

Quelle est l’étape suivante ?

Il faut absolument qu’il y ait un « avant » et un « après » la motion de censure. Je milite pour constituer un groupe autonome à l’Assemblée qui pourrait rassembler des socialistes, des Verts, des communistes… Quant à la présidentielle, à titre personnel, je ne vois pas comment je pourrais faire la campagne d’un des représentants de la politique menée aujourd’hui.

Arnaud Montebourg peut-il constituer un recours intéressant ?

Il y en a d’autres, peut-être plus écologistes. Je pense à Benoît Hamon, à Nicolas Hulot, qui a produit récemment un très beau texte sur les réfugiés… De mon côté, dans ma circonscription, je continue de voir presque chaque semaine des citoyens non encartés et des militants de toute la gauche pour discuter des sujets qui nous préoccupent. Je considère que ces personnes de tous horizons qui se réunissent pour parler de politique, c’est, en soi, très important. Et, quoi qu’il se passe, les vrais changements prennent du temps.

Politique
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