Houellebecq et Macron philosophent

L'écrivain a officié en tant que « rédacteur en chef » des Inrocks la semaine dernière.

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Tel le monstre du Loch Ness, Michel Houellebecq fait de régulières apparitions médiatiques avant de retourner dans ses profondeurs. La semaine dernière, on l’a vu à la une des Inrocks, où il a officié en tant que « rédacteur en chef ». La journaliste présentant ce « numéro “avec lui” » ne cache pas son admiration devant le fait que « lui qui aurait pu obtenir la présence de toutes les stars [a choisi] de mettre en avant des auteurs qui n’ont pas eu la chance de bénéficier d’un accueil médiatique important ». Ce héros des sans-voix n’a-t-il pas constitué l’essentiel du sommaire en rencontrant Emmanuel Macron, Benoît Poelvoorde et Karine Le Marchand, ces obscurs anonymes ?

L’entretien avec Macron mériterait de rester dans des annales de réflexion et de prospective politiques. Réalisé au ministère de l’Économie, à défaut de La Civette de Bercy, sans doute fermée au moment des faits, l’échange atteint les cimes éthérées de la pure pensée, là où l’oxygène se raréfie – ce qui explique des choses. Les deux hommes tutoient les sommets en même temps qu’ils sont à tu et à toi. Emmanuel Macron : « Tu m’interviewes ou je t’interviewe ? » Michel Houellebecq : « Un peu les deux. » Badiou et Rancière, comme Poiret et Serrault, peuvent aller se rhabiller…

À propos du référendum comme outil de régénération démocratique, il faudrait tout citer tant ça pulse du concept – Houellebecq voudrait des référendums sur tout, Macron tente de le raisonner. Mais c’est quand on entre dans le concret que cela devient génial. Florilège. Houellebecq : « Le corps électoral [pour le référendum sur Notre-Dame-des-Landes] a été correctement défini […] : les électeurs du département. » Macron : « Aujourd’hui, la vraie lutte se joue entre le capitalisme et les religions. » Houellebecq : « Je suis persuadé que Nuit debout était une honnête et sympathique tentative pour créer un endroit de démocratie directe, qui a perdu tout intérêt en étant noyauté par les gauchistes. »

Après de si tonitruants propos, on leur demande logiquement si ce n’est pas la transgression qui les rapproche. Le duo de penseurs acquiesce. Mais attention, ce n’est pas par provocation : ils transgressent « sans le vouloir ». Voilà deux précurseurs, en toute humilité. C’est bon à savoir : la semaine dernière, l’avant-garde était dans Les Inrocks.


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