Moustiques OGM : l’Académie des sciences américaine met en garde

Face à la pression de plusieurs laboratoires pour lâcher dans la nature des insectes génétiquement modifiés, l’Académie des sciences américaine appelle à la prudence tant que ne sont pas connues les conséquences sur les êtres humains et le milieu naturel.

Claude-Marie Vadrot  • 17 juin 2016
Partager :
Moustiques OGM : l’Académie des sciences américaine met en garde
© Photo : LUIS ROBAYO / AFP.

Plusieurs laboratoires, publics ou surtout privés, font pression sur des gouvernements africains, brésiliens et sur les autorités américaines pour que soit officiellement autorisé le recours à des moustiques transgéniques destinés à lutter contre la transmission du virus Zika, du paludisme et d’autres maladies véhiculés par ces insectes. L’Académie de Sciences américaine, qui vient de publier un rapport faisant état de ses doutes sur ce type de manipulation génétique, met en garde. Les organismes vivants modifiés par ces techniques, « ne sont pas prêts à être lâchés dans l’environnement, alerte le rapport rendu public cette semaine. Ils nécessitent davantage de recherches en laboratoires et des essais dans la nature extrêmement contrôlés ».

Cette publication attendue depuis des mois a fait l’objet de véhémentes discussions au sein de l’Académie américaine qui a subi d’énormes pressions. Elles émanaient de sociétés et laboratoires intéressés qui mènent une véritable guerre d’influence et de financements universitaires pour être les premiers à disposer de brevets, sources de profits à venir très importants. C’est le résultat du conflit entre ces pressions et les dangers mal évalués de cette technologie s’emparant du vivant qui explique que le Haut Conseil français pour les biotechnologies n’ait pas encore réussi à rendre son avis, lequel avait été annoncé l’année dernière pour le début du mois de juin 2016.

Ces manipulations visent à propager des gênes dans des populations de « moustiques sauvages » afin de rendre les insectes des générations suivantes résistants, notamment à la présence dans leurs organismes d’infections telles que le paludisme ou le virus du Zika. Seulement, ces manipulations paraissent aléatoires à terme, lorsque la modification se répand et donc se transmet dans le milieu naturel. Autant les essais menés en laboratoires en milieu confiné paraissent probants, autant les scientifiques sont contraints d’avouer qu’ils ne savent pas comment la manipulation va évoluer, et donc éventuellement se transformer dans la nature et quelles en seraient les conséquences. D’une part, elle peut entraîner l’apparition de phénomènes inconnus de « résistances » ou de mutations chez des espèces encore plus nuisibles pour les animaux et les êtres humains. D’autre part, elle peut aussi déboucher sur la disparition d’espèces d’insectes, y compris les moustiques, qui servent de nourriture aux oiseaux et aux batraciens.

D’après le professeur à l’Université d’Arizona James Collin qui a conduit l’étude destinée à l’Académie des science américaine, « avant de relâcher dans la nature des moustiques OGM, ou d’autres insectes au patrimoine génétique modifié, il faut faire beaucoup plus de recherches pour en comprendre les conséquences scientifiques, éthiques et sociales ».

Le groupe d’experts consulté explique également que « les réglementations des États sont insuffisantes pour évaluer les risques sur l’environnement ». D’autres experts, notamment ceux de l’OMS – laquelle ne s’est pas prononcée sur les moustiques génétiquement modifiés – estiment que les progrès de la lutte médicale et prophylactique contre la transmission du paludisme et d’autres maladies, accomplis depuis quelques années, sont bien moins coûteux et dangereux que la création d’une nouvelle espèce de moustique au destin incontrôlable.

Malgré les demandes réitérées des spécialistes du milieu naturel et de l’environnement, aucun gouvernement n’a encore lancé de véritables recherches sur les risques potentiels liés à l’application des méthodes OGM sur le vivant. Les apprentis sorciers des laboratoires ne se gênent pas, eux, pour se passer des autorisations et conclure directement des accords avec des autorités locales ou nationales au Brésil, au Mali ou encore au Burkina Faso.

Écologie Santé
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Plan social à Aides : séropos et chemsexeurs sur le carreau
Enquête 10 février 2026 abonné·es

Plan social à Aides : séropos et chemsexeurs sur le carreau

Les négociations du plan de licenciement d’Aides, l’association de lutte contre le sida, sont terminées. 55 postes sont supprimés. En bout de chaîne, ce sont les usagers qui devraient en ressentir les conséquences, alors que séropositifs et/ou chemsexeurs peinent déjà à trouver un accompagnement.
Par Morgan Crochet
La pollution, un impensé colonialiste
Analyse 6 février 2026 abonné·es

La pollution, un impensé colonialiste

Chlordécone aux Antilles, pénuries d’eau à Mayotte, aires d’accueil de gens du voyage contaminées, quartiers populaires asphyxiés… Les populations racisées paient le prix fort d’un racisme environnemental que l’écologie dominante peine encore à nommer.
Par Thomas Lefèvre
À Hellemmes-Ronchin, « on paye pour notre mort »
Reportage 6 février 2026 abonné·es

À Hellemmes-Ronchin, « on paye pour notre mort »

Depuis plus d’une décennie, l’association Da So Vas dénonce des conditions de vie alarmantes sur l’aire d’accueil en bordure de Lille et demande des solutions de relogement. Ce lieu est devenu un symbole du racisme environnemental subi par les gens du voyage.
Par Thomas Lefèvre
Cancer Colère, un collectif pour rendre visibles les malades
Récit 4 février 2026 abonné·es

Cancer Colère, un collectif pour rendre visibles les malades

Depuis la séquence sur la loi Duplomb, ce collectif prend de l’ampleur sur tout le territoire afin de « politiser cette maladie ». Une dynamique qui permet aussi aux malades et aux aidants de sortir de la solitude, et de faire entendre leur voix.
Par Vanina Delmas