Scoop raté en zone de guerre
Longtemps reporter au Monde, Dominique Dhombres évoque ici un épisode à la fois cocasse et édifiant sur la présence française au Tchad dans les années 1980.
dans l’hebdo N° 1413-1415 Acheter ce numéro

Je me suis trouvé, une fois de ma vie, dans une zone de guerre. C’était au début des années 1980. Le Monde m’avait envoyé à Abéché, dans l’est du Tchad. Cela s’était fait très vite. Le chef du service étranger m’avait convoqué dans son bureau avec un drôle de sourire. « Tu as envie de voir l’Afrique ? » J’avais accepté sans avoir la moindre idée de l’endroit où j’allais. Une semaine plus tard, j’étais à Abéché avec les envoyés spéciaux de L’Express, du Point et de l’AFP. Ce dernier m’a proposé de travailler en binôme avec lui. C’était plus facile pour les transmissions, m’a-t-il dit. Il avait l’air d’un prof de gym plus que d’un journaliste. C’était un baroudeur qui connaissait bien l’Afrique en général et le Tchad en particulier. J’ai toujours aimé ce genre-là, pataugas et treillis, toujours content, toujours prêt. J’ai été scout de France. Cela marque à vie, comme le latin.
Sur le terrain, c’est peu dire qu’on n’y comprenait rien. Hissène Habré, alors président du Tchad, grand ami de la France (jugé plus tard grand criminel de guerre, contre l’humanité, etc.) était en butte à la rébellion de son prédécesseur et ennemi, Goukouni Oueddei, lequel était armé et financé par le colonel Kadhafi. Je résume à grands traits une situation géopolitique bien plus complexe, dont les tenants et les aboutissants me sont de toute façon toujours restés obscurs.
Kadhafi, soutien de Goukouni, revendiquait pour la Libye un ruban de sable caillouteux au nord du Tchad, la bande d’Aozou, qui contenait peut-être du pétrole, peut-être pas. Des experts français du Bureau des recherches géologiques et minières venaient régulièrement