Michèle Riot-Sarcey : « Penser, c’est se confronter à l’autre »

Spécialiste des luttes pour la liberté au XIXe siècle, l’historienne Michèle Riot-Sarcey observe les résistances aux régressions dues au néolibéralisme.

L’historienne aime à le rappeler : « Même si l’on travaille seul, on ne pense qu’avec les autres, collectivement, en se confrontant aux autres. » Intellectuelle engagée, Michèle Riot-Sarcey, professeure émérite à l’université Paris 8, colle bien peu à l’image du chercheur enfermé dans sa tour d’ivoire. Elle tient à continuer de travailler avec des collègues, souvent plus jeunes, d’autres disciplines des sciences humaines et sociales. Spécialiste de l’histoire du féminisme et des mouvements collectifs, notamment au XIXe siècle, elle appréhende ainsi les idées, les conditions et les avancées des luttes pour l’émancipation comme des processus historiques articulant les individus et les collectifs. Elle revient ici sur leur long cheminement, depuis la Révolution française jusqu’aux récentes résistances contre la loi travail.

Quand on voit qu’Emmanuel Macron ne cesse de se faire le chantre de la liberté, en quoi vos travaux sur la liberté et les luttes en sa faveur au XIXe siècle peuvent-ils nourrir une critique du programme néolibéral ?

Michèle Riot-Sarcey : Emmanuel Macron est, pour moi, le personnage révélateur du mode de penser le monde actuel, où la loi du marché semble tout emporter au mépris de la moindre distance critique. L’emploi du terme « liberté » chez lui entretient sciemment la confusion entre liberté et libéralisme. Or c’est précisément à cela que nous devons réfléchir. Par quel subterfuge sommes-nous passés de l’idée de liberté, synonyme d’émancipation, à la liberté de s’exploiter soi-même selon les normes du néolibéralisme ?

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