Sanctions en cascade contre des syndicalistes chez Free

Deux têtes de liste de Sud PTT sont en instance de licenciement à quelques jours des élections syndicales. Une troisième a reçu dix jours de mise à pied.

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Ambiance délétère dans les centres d’appel de la marque Free : deux représentants de Sud PTT, têtes de liste aux élections syndicales du 2 novembre, ont été convoqués à un entretien préalable à licenciement, vendredi 28 octobre.

Le premier, Anousone Um, un représentant syndical coriace en conflit ouvert avec sa direction, est téléconseiller au centre d’appel de Colombes (Hauts-de-Seine). Il n’a pas hésité à témoigner dans la presse et à alerter l’inspection du travail sur les méthodes managériales du groupe, que Politis révélait en mai.

À lire >> Enquête sur le système Free

La seconde, une employée de la filiale MCRA, en charge du management dans les centres d’appel de la marque Free, vient de rejoindre la section Sud PTT à la suite d’un conflit avec ses supérieurs. Elle est candidate au mandat de représentant du personnel dans cette filiale où se prennent des décisions sensibles sur la gestion des quelque 3 000 salariés des centres d’appel du groupe Iliad, maison-mère de la marque Free.

Leur faute n’est pas encore connue, mais tout indique que la direction leur reprochera d’avoir « détourné des informations confidentielles ». Ce qu’ils nient.

Mis à pied pour avoir utilisé les statistiques de management

Mais ce n'est pas tout. Sur le site de Vitry (Val-de-Marne), géré par la société Qualipel, un autre délégué syndical de Sud, également responsable d’équipe, et lui aussi tête de liste aux prochaines élections syndicales, a été lourdement sanctionné pour « détournement des outils de management ».

Laurent Courtois avait croisé les statistiques de présence et celles concernant les primes afin d’alerter sur un soupçon de favoritisme envers une syndicaliste CFDT (aujourd’hui candidate au nom de l'Union nationale des syndicats autonomes (Unsa)). Sa mise à pied de dix jours prendra fin le dernier jour de la campagne des élections professionnelles, mais ne l’empêche toutefois pas de mener campagne et de poursuivre son activité syndicale.

Sud PTT s’est plaint auprès des 3 inspecteurs du travail compétents de « la simultanéité et la soudaineté » de ces sanctions « en période électorale ».

« Ils sont très fébriles à l’approche des élections, car la CFDT [syndicat réputé plus proche de la direction] a volé en éclat », témoigne un syndicaliste d’une autre organisation, sur le site de Vitry.

Ces affaires font également écho au licenciement, en janvier dernier, d’un cadre du site de Colombes, alors qu’il se trouvait en arrêt maladie, quelques semaines après s’être rapproché du syndicat Sud. Les prud’hommes de Nanterre rendront leur jugement sur cette affaire le 7 novembre.

Contactée le 21 octobre, la direction n’a pas souhaité nous répondre.


Mise à jour, lundi 7 novembre : Ce 7 novembre, le conseil des prud’hommes de Nanterre a rejeté la procédure en référé (en urgence) intenté par l’ex-chef d’équipe, licencié en janvier pour « désorganisation de service » alors qu’il était en arrêt maladie. Lui et son employeur Mobipel, filiale du groupe Iliad, sont renvoyés « au fond ». Une procédure classique devra donc débuter, au cours de laquelle l’ex-salarié pourra contester le fondement de son licenciement pour demander des dommages et intérêts. Elle peut durer plusieurs années.

Dans un premier temps, l'ex-chef d'équipe et le syndicat Sud ont l'intention de faire appel de ce jugement, toujours dans l'objectif d'obtenir une réintégration dans le cadre d'une procédure en référé.

Par ailleurs, les deux représentants syndicaux de Sud convoqués à un entretien préalable à licenciement le 28 octobre n’ont toujours pas reçu de lettre de licenciement. Entre-temps, les listes syndicales sur lesquelles ils étaient candidats ont réalisé des scores suffisants pour que Sud soit « représentatif ». Ils bénéficieront ainsi du statut de représentant syndical.


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