Didier Fassin : « La justice, accusée de laxisme, n’a jamais été aussi sévère »

Spécialiste du système pénal, Didier Fassin analyse l’inflation punitive française, spécialement tournée vers les classes défavorisées.

Olivier Doubre  • 25 janvier 2017 abonné·es
Didier Fassin : « La justice, accusée de laxisme, n’a jamais été aussi sévère »
© Photo : SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Après avoir longuement suivi, ces dernières années, des équipes des brigades anti-criminalité dans les quartiers populaires, puis enquêté auprès des différents maillons de la chaîne pénale [1], Didier Fassin s’interroge sur la généalogie et les fondements philosophiques du « moment punitif » qui caractérise les sociétés contemporaines depuis plusieurs décennies. Il observe surtout combien « l’inflation » et « la routine » répressives à l’œuvre aujourd’hui sont indissociables d’une « distribution inégale des peines », les plus sévères visant en priorité « les segments les plus défavorisés » de la population. Et l’anthropologue de souligner combien cette « justice de classe » est tolérée (voire désirée) socialement, expression d’un véritable « populisme pénal » venant aggraver à son tour les disparités sociales et raciales.

Pourquoi parlez-vous aujourd’hui d’un « moment punitif », alors que vous soulignez qu’on ne constate pas de hausse particulière de la délinquance et de la criminalité ces dernières années ?

Didier Fassin : C’est bien là le paradoxe : une société de plus en plus répressive, indépendamment de l’évolution de la criminalité et de la délinquance. Cette évolution est délicate à mesurer puisqu’elle dépend de ce que

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