Sécurité, défense : sans innover, Benoît Hamon confirme ses positions

Le candidat à la primaire socialiste donnait aujourd’hui sa première conférence sur les thèmes chers à Manuel Valls. Peu loquace sur ces questions régaliennes depuis le début de sa campagne, il présente un programme qui se base surtout sur les promesses non-tenues du candidat François Hollande de 2012.

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Benoît Hamon assure avoir été « attentif à la tribune du chef d'état major » des armées, Pierre de Villiers. Il la considère toutefois comme étant « incomplète » car elle ne traite pas, selon lui, des missions de sécurité intérieure. La première loi de finance 2018 sera donc la « programmation de l'unité des budgets de défense et de sécurité ». Une unité qui devra atteindre 3% du PIB.

Une Europe plus forte

Le contexte international est marqué pour Benoît Hamon par une « donnée nouvelle », celle des stratégies des États Unis, de la Russie et de la Grande-Bretagne face à l'Europe, qui doit se doter d'une plus grande « autonomie ». Le candidat assure « prendre très au sérieux » les menaces extérieures qui pèsent sur l'Europe, tout en n'excluant pas les « nouvelles prétentions de la Russie ». Pour se faire, Benoît Hamon se situe davantage dans un renforcement des mesures existantes plutôt que dans la création de nouveaux dispositifs.

Pour son « projet de défense européenne », il souhaite renforcer la sécurité des frontières, avec un plus grand soutien à l'agence Frontex ainsi que « l’amélioration du hub européen ». Pour une meilleure coopération entre les pays, l'ancien ministre de l'Économie veut « renforcer les euroforces, dans l'objectif d'une mutualisation des armées européennes ». Une mutualisation qui concerne également les programmes des agences de renseignement. Il souhaite aussi continuer à « investir dans l'entraînement et la formation des forces terrestres et aériennes ».

Dans le domaine de la cyberdefense, Benoît Hamon souhaite « débloquer beaucoup de crédits de recherches », notamment au « Pôle Excellence Cyber » en Bretagne, soutenir l’Agence Nationale de la Sécurité Informatique (ANSI) et les compétences scientifiques des ingénieurs.

Le candidat accompagne son programme de défense par des mesures sociales concernant les militaires, comme « l'arrêt de la déflation » s’agissant des baisses de personnel, un renforcement des « sas de décompression », le maintien des avantages liés au métier de militaire, et la poursuite des efforts de reconversion dans la vie civile.

« L’état d’urgence ne remplit plus de fonction »

En ce qui concerne les questions de sécurité intérieure, Benoît Hamon ne souhaite pas « participer à la surenchère verbale actuelle », et refuse ainsi de créer des lois supplémentaires dans ce domaine. Il se situe, une nouvelle fois, dans la consolidation de ce qui existe déjà. Ainsi le Coordinateur national du renseignement, poste créé en 2008 qui définit les orientations stratégiques et les priorités dans le renseignement, aura davantage de « pouvoir budgétaire », et sera un « tuteur privilégié du Premier ministre », plutôt relié aujourd’hui au président de la République. Ce poste sera par ailleurs soumis au contrôle du Parlement.

Le candidat, qui était absent lors du vote de l’Assemblée sur la prolongation de l'état d'urgence, conforte sa position critique à l’égard de cette mesure. Il assure que « l’état d’urgence ne remplit plus de fonction, à part la fonction symbolique ». Il demande ainsi une intensification du renseignement humain, et davantage de contrôles du fichier TES par des institutions comme la CNIL ou le Parlement.

Rien de nouveau sous le soleil

C'est une proposition qui le distingue de ses concurrents à la primaire du PS : la légalisation du cannabis. Une mesure qu'il est le seul à vouloir mettre en œuvre. Sinon, le candidat reprend des mesures connues, comme la police de proximité. Créée par Jean-Pierre Chevènement en 1998, alors ministre de l'Intérieur, elle vise à changer le rapport de méfiance entre la population et les forces de l’ordre. Mise en place jusqu’en 2001, elle obtient des résultats partiels, demandant un effectif important et bien formé. Elle sera abandonnée en 2003 par Nicolas Sarkozy, comme le montrait une vidéo restée célèbre où le ministre de l’Intérieur déclarait que la mission de la police n’était pas l’organisation de matchs de rugby.

François Hollande l’avait promis en 2012, Benoît Hamon la réédite pour 2017. Sous forme de « patrouilles pédestres » et selon un « maillage territorial particulier », qui reste à préciser, cette police de proximité devra remplir sa « fonction sociale ». Tout comme son concurrent Vincent Peillon, il poursuivra les recrutements à hauteur de 1 000 postes par an, accompagné d’un remplacement des départs à la retraite. « Une manière de compenser les 12 000 postes supprimés par le précédent quinquennat », a-t-il ajouté. Dans les Zones de Sécurité Prioritaire (ZSP), les policiers recevront d’ailleurs une « gratification par un complément de rémunération », sans préciser le montant. Une manière, peut-être, de tendre la main aux manifestations sauvages organisées fin octobre.

Autre proposition présente dans le programme de 2012 de Hollande, le récépissé lors des contrôles d’identité. Ici, le candidat se veut ferme : « Je n’aurai pas la main qui tremble », a-t-il assuré, « ce sera une mesure immédiate », toutefois discutée avec les syndicats de police. L’idée d’un récépissé avait été soumise au Parlement en juin 2016, sous la forme d’un amendement à la loi « Egalité et Citoyenneté ». Bernard Cazeneuve avait alors enterré le projet.


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