Syrie, Russie : Mélenchon met les points sur les « i »

Jean-Luc Mélenchon a profité de ses vœux à la presse pour dénoncer « l’atlantisme » de la France et se positionner comme le « candidat non-aligné ».

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Une salle archi-comble, du punch et des personnalités (Pierre Laurent, Clémentine Autain, mais aussi Audrey Pulvar, Gérard Miller, François Ruffin, Pascal Boniface...). Les ingrédients étaient réunis pour une cérémonie de vœux réussie. Mais dans ce petit théâtre du 11e arrondissement, jeudi soir, Jean-Luc Mélenchon n’était pas vraiment à la fête.

Après avoir eu une « pensée » pour les 3,5 millions de mal logés et les « 30 000 enfants sans toit » ainsi qu’une « pensée particulière » pour Cédric Herrou, contre lequel le procureur de Nice a requis mercredi huit mois de prison avec sursis pour avoir aidé des réfugiés, Jean-Luc Mélenchon est vite passé au sujet qui taraude, depuis plusieurs semaines, bon nombre de ses sympathisants : sa lecture de la guerre en Syrie et son soutien supposé à Vladimir Poutine.

Décidant de « dédier » sa prestation à « la cause la plus aigüe : la paix », Jean-Luc Mélenchon a profité de ses vœux pour s’expliquer, une bonne fois pour toutes, sur ses positions géopolitiques. « Ce qui compte, c’est le présent, pas le passé », a-t-il expliqué, sans doute en référence à plusieurs de ses précédents passages médiatiques controversés. « Quand il y a un conflit, si vous avez un point de vue extérieur, vous êtes aussitôt suspect d’ambiguïté », a-t-il regretté.

Pendant la demi-heure qu’a duré son discours, Jean-Luc Mélenchon n’a eu de cesse de fustiger « l’atlantisme, si puissant en France », qui consiste à penser que « la guerre est toujours bonne, du moment qu’elle est conduite par les États-Unis d’Amérique ». « Je suis si chagrin de voir mon pays, tant de ses intellectuels et de ses médias, entrer dans un atlantisme […] déplorable ».

Atmosphère belliqueuse

À la tribune, il a réaffirmé son désir que la France quitte l’OTAN s’il est élu président de la République (« La France doit cesser d’osciller au gré de ce que veulent, ou pas, les États-Unis d’Amérique »), mais aussi de « sortir des énergies carbonées » qui sont selon lui « causes de guerre au Moyen-Orient ». « Je sais bien que mes propos sont déformés […]. Il faudrait s’aligner, mais je ne m’alignerai pas. Je défends une politique non alignée », a-t-il martelé. Selon lui, la France n’a rien à voir avec « l’Occident » – en tant que bloc politique : « La France est une nation universaliste. Elle n’a rien à faire dans l’OTAN. »

Alors que les États-Unis viennent d’apporter des preuves selon lesquelles les Russes avaient interféré dans la campagne présidentielle américaine, le candidat de la France Insoumise a fustigé le « mensonge », la « propagande », qui fait passer la Russie pour « une menace pour la paix dans le monde ». « L’atmosphère belliqueuse actuelle [est] irrespirable [et] extrêmement dangereuse. […] Si nous voulons un monde de paix, il faut renoncer à des mentalités de guerre ». Or, a-t-il estimé, ce sont les États-Unis les fauteurs de troubles. Ainsi, le budget des États-Unis en matière de défense est « deux fois le budget [militaire] total de la Russie et de la Chine ».

Il faudrait donc, selon Jean-Luc Mélenchon, tout revoir des alliances actuelles. S’éloigner des États-Unis, se rapprocher de la Russie, « un partenaire quel que soit le régime en place ». Le candidat a même donné quitus à François Fillon, jugeant que « le Premier ministre du gouvernement qui [avait] intégré la France au commandement de l'OTAN » avait « du nez » : « On le dit maintenant pro-Russe : cette girouette-là a un coup d’avance sur les autres ».

Concernant la Syrie, Jean-Luc Mélenchon s’est félicité du dernier cessez-le-feu russe et a appelé, à l’instar de l’Onu, à un « règlement politique » du conflit passant par la tenue d’élections. Une perspective pour l’instant « utopique » a-t-il reconnu, mais « c’est au peuple syrien de décider du destin de son pays ».


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