Emmanuel Macron corrige Macron Emmanuel

En novembre il voyait dans la colonisation « des éléments de civilisation » ; il la perçoit désormais comme « un crime contre l’humanité ». Sans vraiment regretter ses propos d’avant…

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Adapter son discours à ses interlocuteurs du moment serait-il la recette du succès d’Emmanuel Macron ? L’ancien ministre de l’Économie a profité de sa visite en Algérie pour rectifier, lors d’un entretien à la chaîne de télévision Echorouk News, les propos qu’il avait tenus dans Le Point le 24 novembre. Interrogé sur « les pages les moins glorieuses de notre histoire », il avait alors déclaré :

Oui, en Algérie, il y a eu la torture, mais aussi l’émergence d’un État, de richesses, de classes moyennes, c’est la réalité de la colonisation. Il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie.

© Politis

Ces propos avaient fait polémique sur les réseaux sociaux et quelque peu fâché les Algériens qui en avaient eu connaissance. Aussi quand le journaliste Khaled Drareni d’Echorouk News lui demande s’il ne regrette pas ces propos (entretien en replay ici à partir de 6'05), Emmanuel Macron assure que « non… ils ont été sortis de leur contexte parce que je ne parlais pas que de l’Algérie » :

Je pense qu’il est inadmissible de faire la glorification de la colonisation. Certains, il y a plus de dix ans, ont voulu faire ça en France… Jamais vous ne m’entendrez tenir ce genre de propos. J’ai toujours condamné la colonisation comme un acte de barbarie ; je l’ai fait en France, c’est ce que je fais dans cette interview et je l’ai fait partout où je me suis déplacé. La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes.

La condamnation pourrait cette fois être claire si, comme à son habitude, Emmanuel Macron n’y avait pas ajouté des considérations qui la minorent et introduisent un doute sur ce qu’il pense vraiment : « En même temps, poursuit-il, il ne faut pas balayer ce passé et je ne regrette pas cela [??] parce qu’il y a une jolie formule qui vaut pour l’Algérie : "La France a installé les droits de l’homme en Algérie, simplement elle a oublié de les lire." C’est une jolie formule pour expliquer ce qu’est cette période. Il y a eu des crimes terribles, de la torture, de la barbarie parce que la colonisation est un acte de domination et de non-reconnaissance de l’autonomie d’un peuple mais en même temps je ne veux pas qu’on tombe, tout en reconnaissant ce crime, dans la culture de la culpabilisation sur laquelle on ne construit rien. Vous voyez, c’est ce chemin de crête que je veux que nous prenions ensemble. »

La conclusion est tout aussi contournée qu’ambiguë :

Donc, je veux dire par là qu’il ne faut absolument pas lire mes propos comme des éléments qui nient le fait de la colonisation et sa barbarie. Si certains l’ont lu comme tel, je m’en excuse auprès d’eux. Et vous avez eu l’honnêteté de relire ma phrase dans sa complexité, elle dit autre chose. Mais en même temps il y a des femmes et des hommes qui ont voulu faire une autre histoire, ils ont échoué à cela, l’État français a échoué à cela, mais il y a eu des passeurs, des femmes et des hommes qui portaient mieux qu’eux la colonisation.

Comprenne qui pourra.


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