La direction de La Poste veut passer en force sur l’organisation du travail

Erwan Manac'h  • 21 février 2017
Partager :
La direction de La Poste veut passer en force sur l’organisation du travail
© Photo : MYCHELE DANIAU / AFP

La CGT a rejoint le syndicat Sud PTT, le 16 février, dans son refus de signer l’accord relançant les réorganisations à La Poste. Conjointement, ils comptaient faire valoir leur droit d’opposition, en vertu des 50 % de voix qu’ils totalisent dans la branche courrier, visée par l’accord.

Les négociations, engagées en octobre dans un contexte de crise sociale dans l’entreprise, concernaient les réorganisations des tournées de facteurs et l’évolution du métier, avec la montée en puissance des activités à caractère commercial. L‘accord prévoit notamment la fin des délais de deux ans entre deux réorganisations. Il prévoit aussi la titularisation de 3 000 précaires et la promotion de 30 000 titulaires, mais ces quelques avancées ne suffisent pas à en adoucir la portée générale, estime la CGT dans son communiqué :

Les nouvelles organisations de travail […] vont accroître encore un peu plus la productivité et la volonté de mettre un terme au rôle social du facteur.

Sans attendre la décision de la CGT, qui a pris le temps de consulter sa base après la fin des discussions, la direction avait annoncé la modification du périmètre de l’accord, pour l’attacher à l’ensemble du groupe et plus seulement à la branche courrier. Opportunément, car les deux syndicats ne sont pas majoritaires à cet échelon de l’entreprise. La voie est donc libre pour l’application de l’accord.

À lire >> Tous les articles de Politis sur la crise sociale à La Poste

Sud étudie les moyens juridiques de faire obstacle à ce passage en force, dénonçant en particulier le fait que les organisations qui ont refusé de signer seront exclues des réunions programmées pour son application.

Le syndicat pourrait tenter de profiter des retombées de la loi El Khomri, qui prévoit qu’un référendum peut être convoqué pour se prononcer sur un accord d’entreprise. « C’est le juge qui décidera si cette règle est applicable à ce type d’accord, estime Eddy Talbot, de Sud PTT. Par définition, il n’y a pas de jurisprudence. »

Travail Économie
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« Le système des algorithmes nous force à travailler jusqu’à épuisement »
Entretien 3 juillet 2026 abonné·es

« Le système des algorithmes nous force à travailler jusqu’à épuisement »

Dans son récit photographique Uber Life, la jeune artiste Tassiana Aït-Tahar, ancienne livreuse pour Uber Eats, raconte de l’intérieur un travail très rude. Elle dit aussi les solidarités qui permettent de tenir, de résister.
Par Anaïs Heluin
« La transition écologique n’a pas lieu car elle est piégée dans la logique du capitalisme »
Entretien 3 juillet 2026

« La transition écologique n’a pas lieu car elle est piégée dans la logique du capitalisme »

Timothée Parrique, économiste spécialiste de la décroissance, appelle à ralentir l’économie, à repenser notre rapport à la croissance pour enfin enclencher la transition écologique tant attendue.
Par Vanina Delmas
Canicule : « Les gens s’en foutent que les livreurs souffrent de la chaleur »
Récit 30 juin 2026 abonné·es

Canicule : « Les gens s’en foutent que les livreurs souffrent de la chaleur »

Leur santé physique et psychique était déjà détériorée, cet épisode caniculaire a abîmé encore un peu plus les livreurs de repas à domicile. Des hommes très souvent immigrés, précaires et obligés de travailler jusqu’à l’épuisement sans aucun droit.
Par Céline Martelet
« Un chef, un journaliste, et de l’IA » : les nouvelles méthodes brutales au Quotidien du médecin et au Quotidien du pharmacien
Presse 18 juin 2026 abonné·es

« Un chef, un journaliste, et de l’IA » : les nouvelles méthodes brutales au Quotidien du médecin et au Quotidien du pharmacien

En mars, le groupe Ficade a racheté Profession Santé, leader des médias dédiés aux professionnels de la santé. Quelques mois plus tard, des dizaines de journalistes du Quotidien du médecin et du Quotidien du pharmacien préfèrent quitter leurs rédactions. Beaucoup dénoncent les méthodes de la nouvelle direction.
Par Céline Martelet