La gauche et la méritocratie : une longue histoire

Les progressistes ont longtemps mis en avant les vertus de l’école républicaine pour franchir les barrières sociales. Mais le néolibéralisme dominant laisse peu de chances aux enfants des classes populaires de s’extirper de leur milieu d’origine.

Olivier Doubre  • 17 décembre 2025 abonné·es
La gauche et la méritocratie : une longue histoire
Le président français François Hollande visite une classe à l'école Anatole France à Sarcelles, près de Paris, en France, le 31 mars 2017
© Charles PLATIAU / POOL / AFP

L’idée de mérite a longtemps séduit à gauche. Une inclination sans doute liée, dans notre France républicaine et à la différence de la plupart des États occidentaux, au rôle de l’État et d’abord de son école publique, laïque, obligatoire et gratuite, supposée capable de faire se hisser dans la hiérarchie sociale le fils (la fille devra attendre) d’un paysan de Corrèze, d’un employé des Postes de Bastia, ou d’un gendarme du Loiret.

Tel Georges (1), recruté en 1936 par le Front populaire, qui aura dû, pour sortir de sa condition d’orphelin de la guerre de 1914-1918, retourner sur les bancs de l’école et passer son certificat d’études à 26 ans pour pouvoir ensuite se présenter au concours d’entrée de l’École de la gendarmerie nationale du Puy-en-Velay, préfecture de la Haute-Loire.

Son fils, interne au collège puis au lycée dans le Loiret, toujours premier de sa classe, deviendra, à la force de sa plume Sergent-Major, agrégé de physique et docteur en sciences. Une brillante carrière de chercheur et de professeur d’université attendait celui qui était fermement convaincu que l’école instituée par Jules Ferry offrait la possibilité à ceux qui « s’en donnaient la peine » de s’élever socialement et surtout, beaucoup plus important pour lui, intellectuellement.

Le très rationnel physicien sera toute sa vie reconnaissant à la République, à cette France tricolore aux 95 départements, aux frontons de mairie flanqués de l’inscription « Liberté, égalité, fraternité ». Jusqu’à voter Chevènement, leader socialiste s’il en fut de ce courant idéologique défenseur de la méritocratie républicaine.

L’autre élément qui a porté la gauche française à défendre bec et ongles la méritocratie est le concours. Forme de sélection supposée égalitaire, car reposant sur les seules capacités d’un candidat à un moment donné, dans une matière donnée. La réussite de

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Une bonne solution : l’autogestion !
Idées 7 mai 2026 abonné·es

Une bonne solution : l’autogestion !

L’économiste Guillaume Etiévant s’emploie à montrer qu’une sortie démocratique du capitalisme est possible. Les entreprises, et toute l’économie, seraient prises en main par les travailleurs eux-mêmes, au nom de l’intérêt de toutes et tous.
Par Olivier Doubre
« La gauche ne peut pas abandonner. Nous avons le devoir de gagner »
Entretien 4 mai 2026 abonné·es

« La gauche ne peut pas abandonner. Nous avons le devoir de gagner »

Deux continents, un combat. L’une, Janette Zahia Corcelius, résiste aux raid de l’ICE, la police anti-immigration de Trump. L’autre, Anzoumane Sissoko, lutte pour la régularisation des étrangers depuis vingt-quatre ans. Une rencontre pour penser la résistance transatlantique contre l’autoritarisme et les répressions anti-migratoires.
Par Juliette Heinzlef et Maxime Sirvins
Le fascisme, une hydre aux mille définitions
Essai 30 avril 2026 abonné·es

Le fascisme, une hydre aux mille définitions

Le « fascisme » emporte-t-il le monde ? Jamais éteint, ce vocable est plus utilisé et débattu que jamais. Un nouvel ouvrage collectif s’efforce d’apporter nuance et complexité à ce débat sémantique ô combien politique.
Par François Rulier
La « nouvelle France », un débat qui vient de loin
Analyse 29 avril 2026 abonné·es

La « nouvelle France », un débat qui vient de loin

De la pensée révolutionnaire au nouveau slogan des insoumis, l’universalisme français n’a cessé de muter selon les contextes, révélant une contradiction entre tentation hégémonique et volonté d’ouverture.
Par Juliette Heinzlef et Alix Garcia