Les robots et les revenus

Pour inventer une économie du bien commun, le travail ne va pas manquer !

Cet article est en accès libre. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas se financer avec la publicité. C’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance : achetez Politis, abonnez-vous.


Combien d’emplois la révolution numérique pourrait-elle supprimer ? Une avalanche d’études déferle depuis quelques années pour répondre à cette question, avec des résultats allant de 8 % à 47 % selon les auteurs. Benoît Hamon s’appuie sur ces travaux pour annoncer la « raréfaction du travail » qui justifierait le revenu d’existence.

Pourtant, aucune de ces études ne peut prétendre répondre à la question posée. Toutes procèdent de la même façon : classer les métiers selon le degré de facilité d’automatisation des tâches accomplies. Ainsi, le métier de caissière, répétitif et peu qualifié, est jugé plus automatisable que celui d’infirmière.

Certes, mais comment en déduire la proportion de caissières (et d’infirmières !) dont le poste sera automatisé ? Depuis plus de dix ans que les caisses automatiques sont apparues, elles ont permis quelques gains de productivité dans la grande distribution, mais pas éliminé ni même révolutionné le métier de caissière. Le rythme de l’automatisation dépend certes du type de tâches, mais aussi de la fiabilité et du coût des technologies, des attentes des clients, des résistances sociales, etc., qu’aucune des études publiées ne prend en compte.

Surtout, rien n’est dit des nouveaux emplois qui se développent en même temps, dans la grande distribution (conseils en nutrition, experts Web, marketing de proximité) ou ailleurs. Or, l’histoire économique des trente dernières années montre que le problème n’est pas tant le nombre d’emplois que leur qualité : la révolution numérique sous régime néolibéral a provoqué une polarisation croissante entre, d’un côté, des emplois très qualifiés et, de l’autre, des « bullshit jobs » (petits boulots précaires), avec au milieu une chute des emplois ouvriers et employés correctement rémunérés, souvent délocalisés.

Le revenu d’existence versé inconditionnellement renvoie chacun à sa débrouille individuelle. Il peut rendre un peu plus supportables les évolutions tendancielles du système productif pour les perdants, mais aucunement les contrecarrer. L’enjeu essentiel est bien plutôt de réorienter les innovations (numériques et/ou organisationnelles) vers d’autres finalités que le profit de court terme. C’est donc la gouvernance des entreprises qu’il faut modifier, pour que la qualité du travail et de la production devienne le critère majeur de décision. Mettre la révolution numérique au service de la transition écologique et de la cohésion sociale sera impossible sans une remise en cause du pouvoir absolu des actionnaires sur les décisions d’investissement.

Un revenu garanti de haut niveau sera alors indispensable pour accompagner les reconversions professionnelles. Appelons-le revenu universel si l’on veut, mais il sera versé – sans contrôles tatillons – à celles et ceux qui en auront besoin pour réorienter leur parcours professionnel ou créer une activité socialement bénéfique. Pour inventer une économie du bien commun, le travail ne va pas manquer !


Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notifications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.