Police : une exception française ?

Dialogue rompu avec les citoyens, politique du chiffre, brutalités et contrôles au faciès… Par rapport à ses voisins européens, la France compte clairement parmi les mauvais élèves.

En deux ans, les forces de l’ordre françaises se sont souvent retrouvées sur le devant de la scène. Les images d’accolades entre policiers et citoyens après les attentats de janvier 2015 avaient redoré tous les matricules, du préfet de police aux CRS en passant par les membres du GIGN et du Raid. Une gratitude unanime éphémère avec l’accumulation des preuves de la frénésie sécuritaire en France : la mort de Rémi Fraisse par une grenade, la relaxe des policiers mis en cause dans le décès de Zyed et de Bouna en 2005, les répressions policières envers les migrants ou lors des manifestations contre la loi travail, la mort d’Adama Traoré pendant son interpellation… Puis l’attaque à coups de cocktails Molotov de deux voitures de police à Viry-Châtillon (Essonne), en octobre dernier, a déclenché un vaste mouvement de colère chez les policiers et des manifestations nocturnes jusque devant le palais de l’Élysée.

Le mal-être moral des fonctionnaires depuis la mise en place de l’état d’urgence s’est ajouté à un manque de moyens matériels et humains. Le gouvernement a cédé. D’abord un cadeau financier : 250 millions d’euros débloqués par Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’Intérieur. Puis une réponse législative : le projet de loi sur la sécurité publique. Voté à la quasi-unanimité le 16 février, ce texte assouplit les règles de légitime défense pour les policiers, durcit les peines pour outrage aux forces de l’ordre et autorise l’anonymat des enquêteurs. Une réforme assimilée à un caprice par des citoyens qui, désormais, voient les gardiens de la paix davantage comme des garants de l’ordre.

L’enquête sociale européenne menée en 2010 dans vingt-huit pays européens a classé la France en 13e place sur 20 en termes d’opinions positives à la suite d’un contact à l’initiative de la police. Elle a surtout montré que 35 % des Français considèrent que la police traite de façon irrespectueuse le public auquel elle a affaire. Un taux heureusement inférieur à celui de l’Ukraine ou de la Russie, mais bien supérieur à ceux de l’Espagne (8 %), de l’Angleterre (15,9 %) ou des Pays-Bas (18 %). « On passe d’une situation où il n’y avait rien à une étude classant la France parmi les mauvais élèves. C’est un choc pour les policiers. L’idée n’est pas de se lamenter mais d’affirmer que cette police doit regagner la confiance de la population », analyse Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS, spécialiste de la délinquance et de la police [1].

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