Des banques françaises financent la colonisation israélienne

Prêts, investissements : la BNP Paribas, Natixis, le Crédit agricole, et la Société générale, sont-elles complices de la colonisation des territoires palestiniens par Israël ?

Hugo Boursier  • 29 mars 2017
Partager :
Des banques françaises financent la colonisation israélienne
© photo : AHMAD GHARABLI / AFP

La logique est simple, pour la BNP Paribas, Natixis, le Crédit agricole, et la Société générale : « Business is business ». Hier, on apprenait par l’enquête de l’ONG Food and Water Watch que ces banques finançaient les oléoducs dans l’État du Dakota aux États-Unis – un projet cher à Donald Trump – qui vont servir à transporter du pétrole de schiste, en pleine réserve ancestrale des Sioux. Aujourd’hui, c’est le rapport d’un collectif signé entre autres par France-Palestine, la LDH, la FIDH, et la CGT, qui dénonce l’implication de ces groupes dans la colonisation menée par Israël dans les territoires palestiniens.

La politique de Benjamin Netanyahou déloge depuis plusieurs années des milliers de Palestiniens, en toute illégalité au regard du droit international. Des actes de torture ont même été perpétrés, y compris contre des enfants, selon Amnesty International. Pourtant, ces quatre groupes, en plus d’AXA, ont accordé des prêts ou sont actionnaires d’entreprises qui contribuent à la colonisation israélienne.

Complicité financière

La logique du gouvernement de Benjamin Netanyahou repose sur « l’accaparement sans cesse croissant de nouvelles terres par Israël », mais aussi sur un « environnement coercitif » pour créer des déplacements de populations, selon le rapport. Ce sont donc 986 maisons et structures palestiniennes, comme des écoles ou des citernes d’eau, qui ont été détruites ou confisquées par l’armée, soit une augmentation de 80 % comparé à 2015.

À lire aussi >> Macron fait déjà allégeance au gouvernement israélien

Quel est le rapport avec les entreprises françaises ? Elles continuent à aider activement les banques israéliennes qui « fournissent l’infrastructure financière nécessaire aux activités des agences gouvernementales, entreprises et individus dans les colonies », en possédant des actions de ces groupes, ou bien en leur accordant des prêts.

Le Crédit agricole est ainsi actionnaire pour les neufs principaux groupes israéliens liés à la colonisation, dont des banques et des entreprises. Natixis arrive en deuxième position (6 sur 9), derrière la Société générale, AXA (4), et la BNP Paribas (2).

En 2004, ces banques françaises ont par ailleurs signé quatre accords de prêts d’une valeur de 288 millions d’euros au profit d’Israel Electric Corporation (IEC), qui « approvisionne les colonies israéliennes en électricité », et imposent « des coupures totales » de courant dans les territoires palestiniens situés en Cisjordanie.

De pieux engagements

Malgré ce soutien financier, les cinq banques et assurances françaises ont toutes signé des engagements sur le respect des droits humains. Ainsi la BNP veille-t-elle à ce que ces droits soient garantis « dans tous les pays où elle exerce », le Crédit agricole à ne pas être « complice involontaire de violations », ou encore AXA à appliquer le principe de l’ONU, à savoir « Protéger, respecter et réparer ».

Une implication qui va à l’encontre des nombreuses et difficiles démarches institutionnelles concernant Israël et les territoires palestiniens. La France soutient ainsi officiellement la politique européenne de « différenciation », et a voté pour la résolution 2334 de l’ONU voté en 2016 qui interdit la colonisation. C’est pourquoi ce rapport souhaite que le gouvernement intervienne auprès des banques françaises dans cette participation illicite.

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« Un mur, ça se monte, ça se démonte » : la France insoumise rêve de casser la finance
Économie • 6 novembre 2026 abonné·es

« Un mur, ça se monte, ça se démonte » : la France insoumise rêve de casser la finance

Derrière certaines formules provocatrices, Jean-Luc Mélenchon et les siens espèrent surtout sortir la France de sa dépendance aux marchés financiers. Et rêvent de remettre de la politique dans un débat public obsédé, selon eux, par la « métaphysique du marché ».
Par Lucas Sarafian
Akim Omiri : « Nos vies valent plus que quelques vitrines cassées »
Démocratie • 5 novembre 2026

Akim Omiri : « Nos vies valent plus que quelques vitrines cassées »

Intellectuel·les, artistes, membres de la société civile… Ils et elles analysent la crise autoritaire que nous vivons aujourd’hui. Et remontent le fil de ses origines, décodent ses manifestations, expriment leurs inquiétudes profondes mais aussi leurs espoirs, et proposent des voies de résistance. (2/15)
« Les manifestants ne sont pas des ennemis » : des membres des forces de l’ordre contestent la stratégie répressive
Maintien de l'ordre • 5 novembre 2026

« Les manifestants ne sont pas des ennemis » : des membres des forces de l’ordre contestent la stratégie répressive

Après les manifestations des 17 et 24 octobre, quatre policiers et gendarmes interrogent l’évolution d’un maintien de l’ordre devenu toujours plus offensif. Manque d’effectifs, formation, usage des grenades et décisions politiques : leurs critiques visent aussi bien les pratiques de terrain que les choix de leur hiérarchie.
Par Maxime Sirvins
Un 5 novembre de grève et de manifestations
Mobilisation • 5 novembre 2026

Un 5 novembre de grève et de manifestations

Politis a couvert cette nouvelle journée de manifestations dans tout le pays, avec un appel à la grève générale de l’intersyndicale. Nos journalistes ont suivi les événements notamment dans la région de Grenoble (Voiron), au Mans dans la Sarthe, et à Paris pour faire remonter les images et revendications des cortèges et des grèves.
Par Politis