Dossier : Quand les politiques réécrivent l'histoire

Enseignement de l'histoire : Récit national contre esprit critique

L’ingérence des politiques dans l’enseignement de l’histoire est aussi ancien que la matière, qui joue pourtant un rôle essentiel dans la formation des élèves, futurs citoyens.

On ne compte plus les attaques des responsables politiques visant l’enseignement de l’histoire. François Fillon, en novembre dernier, accusait encore les programmes du secondaire de faire l’impasse sur Voltaire et Clovis. Pour Laurence De Cock, docteure en sciences de l’éducation et cofondatrice du collectif Aggiornamento hist-géo [1], l’intérêt des politiques pour cette matière est consubstantielle à son origine : « L’histoire scolaire a été créée sous la IIIe République. Sa vocation première était de former les futurs citoyens, de contrer le retour à la monarchie en les faisant adhérer au système républicain. » Selon elle, la situation n’a pas vraiment changé, et cette vision de l’enseignement de l’histoire est encore partagée par les politiques actuels.

Amélie Hart-Hutasse, professeure d’histoire-géo à Paris et membre du Snes-FSU, souligne que cette politisation de la matière se fait à deux niveaux. « En premier lieu, interviennent les injonctions qui s’appuient sur les questions de mémoire et de commémoration. » Comme lorsque Nicolas Sarkozy impose en 2007, par l’intermédiaire de son ministre de l’Éducation nationale, que la lecture de la lettre de Guy Môquet soit obligatoire dans les lycées le 22 octobre, jour de l’exécution du résistant par les nazis. Mais, surtout, c’est l’élaboration des programmes qui concentre toute l’attention des politiques. « L’enjeu est fort, car c’est à ce moment que l’on fait des choix, sachant que ce qui n’est pas au programme ne sera sans doute pas abordé, faute de temps », poursuit Amélie Hart-Hutasse. Et, justement, qui fait ces programmes ? Depuis la loi de 2013 sur la refondation de l’école de la République, le Conseil supérieur des programmes (CSP) émet des avis et formule des propositions. Il est constitué de trois députés, de trois sénateurs, de deux représentants du Conseil économique, social et environnemental et de dix personnalités qualifiées nommées par le ministre de l’Éducation nationale. Pour exercer ses missions, le conseil peut nommer des groupes d’experts, dont il choisit les membres selon leurs compétences.

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