Forcément coupables

Les Archives nationales mettent en lumière le crime féminin.

Jean-Claude Renard  • 1 mars 2017 abonné·es
Forcément coupables
© Photo : YANN GUICHAOUA / ONLY FRANCE / AFP u2013 nL'hôtel de Soubise abrite les Archives nationales et l'exposition « Présumées coupables » jusqu'au 27 mars

On connaît la scène du Caravage, puisée dans l’Ancien Testament, représentant la décapitation du général assyrien Holopherne par Judith. On connaît aussi, dans Hérodias, de Flaubert, cette décapitation de Iaokannan par le tétrarque Antipas, exigée par Salomé. Ni le tableau du Caravage ni le conte de Flaubert ne sont présents dans cette exposition articulée autour des figures de femmes criminelles. C’est que, dépositaires des pièces judiciaires, les Archives nationales ont choisi de privilégier cinq archétypes : la sorcière en Europe, l’empoisonneuse, l’infanticide, la pétroleuse de la Commune de Paris et, pour finir, la traîtresse, incarnée par la femme tondue au moment de la Libération.

D’une salle à l’autre, à grand renfort de reproductions de procès-verbaux et de divers documents manuscrits, de fragments de propos, si bien qu’il y a plus à lire qu’à voir dans cette exposition [1], se succèdent notamment Marguerite Maurcourt, accusée de sorcellerie par le « bruit commun », condamnée au bannissement, Margot de La Barre et Marion la Droiturière, accusées de maléfices, d’autres femmes jugées pour avoir pactisé avec le diable, Anne Poustier avouant avoir empoisonné son mari sur les conseils de son curé, Louise Michel en « ennemie publique », l’affaire Violette Nozière et une foule d’anonymes accusées de collaboration. Vies tragiques et destins brisés.

Des procès inquisitoires aux accusations stéréotypées, avec tout un imaginaire du mal pour corollaire, c’est bien le regard de la société sur les femmes qui est pointée ici et combien ces proies faciles ne sont pas interrogées comme les hommes quand elles sortent du rang, du rôle de pacificatrice du foyer et de mère aimante. Dès lors, la femme est justement coupable parce qu’elle ne devait pas l’être.

[1] Dans ce sens, le livre accompagnant l’exposition est bien plus complet (L’Iconoclaste, 318 p., 25 euros).

Présumées coupables, Archives nationales, 60, rue des Francs-Bourgeois, Paris IIIe, jusqu’au 27 mars.

Culture
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