Bombardements américains en Syrie : quelles réactions des candidats ?

Vives critiques contre la riposte de Donald Trump ou simples acquiescements : tour d’horizon des déclarations des candidats à l'élection présidentielle.

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Les candidats à l'élection présidentielle ont réagi vendredi au bombardement américain faisant suite aux attaques chimiques de mardi sur le village de Khan Cheikhoun en Syrie. Tous regrettent qu'il n’ait pas été discuté au préalable par les Nations unies.

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Benoît Hamon, lors d’une visite au Creusot (Saône-et-Loire), a affirmé que « Daech d’un côté et Bachar Al-Assad de l’autre sont aujourd’hui des barbares de la même nature ». Pouria Amirshahi, responsable de la politique internationale pour le candidat socialiste précise :

Les frappes américaines ne font qu’accentuer le chaos général dans lequel le régime syrien, les intégristes, les Russes et la coalition internationale se trouvent sur place. La Syrie devient le terrain houleux des grandes puissances internationales, parmi lesquelles Trump, de manière irréfléchie ou puérile, a souhaité réaliser une démonstration de force, et donner un signal à la Russie. Il faut replacer ces frappes dans le contexte américain : Trump a annoncé son retrait des Opérations de maintien de la paix (OMP) de l’ONU, des grands programmes humanitaires comme le PAM et souhaite une augmentation de 50 milliards de dollars dans le budget de l’armée. Ces frappes sont une menace à la paix mondiale, et à partir du moment où on enclenche une logique de guerre, on peut s’attendre au pire. Je refuse de soutenir les opérations militaires de Trump sous prétexte qu’il vise Bachar Al-Assad. On observe que les grands pays qui ont fondé l’ONU sont en train de s’en défaire largement.

Une dénonciation des frappes américaines qui se retrouve dans le camp de Jean-Luc Mélenchon (« L’emploi d’arme chimique est intolérable, l’intervention des États-Unis irresponsable », juge un communiqué du Parti de gauche). Dans un tweet, le candidat de la France insoumise, qui a prévu de s'exprimer longuement sur ce sujet à Marseille dimanche, critique position de Hollande et Merkel, auteurs d’une réaction commune un peu plus tôt :

© Politis

Djordje Kuzmanovic, coauteur du livret politique internationale du mouvement, « condamne l’attaque chimique ». Il explique :

Le bombardement unilatéral opéré par les États-Unis est totalement irresponsable. Il se fait en dehors de tout cadre légal international. Si l’idée de l’administration américaine est de lancer une guerre contre la Syrie d’Assad, alors il faudrait se souvenir des interventions américaines en Afghanistan, en Irak ou en Libye, qui sont loin d’avoir servi la population locale. Tout au contraire, ce type de bombardement renforcerait les plus fanatiques du régime syrien qui entraveraient les négociations, hypothèquerait les opérations futures face à Daesh à l'est, et relancerait les blocages de l'opposition qui n’accepterait de négocier qu’avec le départ d'Assad. Cela ruinerait tout avenir à des discussions. Il faut attendre des éléments plus précis pour expliquer la démarche de Trump. Mais les Américains n’ont pas élu un empereur : il y a bien des institutions qui l’entourent, et qui peuvent l’influencer, comme la ligne dure des Républicains représentée par McCain au Congrès. On peut imaginer que le président ait voulu se montrer conciliant avec les néoconservateurs, en montrant les muscles sur la Syrie, par rapport à l'inaction d'Obama en 2013.

Une logique de guerre qui a aussi été critiquée par Clémentine Autain, conseillère régionale d’Île-de-France et soutien de Jean-Luc Mélenchon, sur le plateau de Public Sénat, avec une critique plus véhémente à l’égard du président syrien :

La logique de Trump est une logique de guerre. Moi, je veux la paix, et je pense que cela passe dans le cadre de l’ONU, et par une solution politique. Vladimir Poutine aurait dû prendre position et condamner les attaques chimiques, au lieu de mettre son veto. Pour moi, le président russe porte un projet impérialiste, avec lequel il faut néanmoins discuter pour trouver une coalition internationale et pacifique. Bachar Al-Assad est un chef d’État sanguinaire, coupable d’une violence inouïe contre son peuple.

Réactions tièdes

Les critiques des candidats à la présidentielle contre Donald Trump ne sont pas toujours très claires. Dans un communiqué publié sur son site Internet, François Fillon pense ainsi que « l’on peut comprendre » l’attaque américaine. Le candidat explique sa position :

Cette riposte américaine, que l’on peut comprendre au vu de l’horreur des attaques chimiques, ne doit pas conduire à une confrontation directe des forces occidentales avec celles de la Russie et de l’Iran. Ce serait un terrible danger pour la paix. La France doit exiger que l’enquête des Nations unies soit conduite dans les meilleurs délais et que les mesures nécessaires soient prises pour faire respecter l’interdiction d’utilisation des armes chimiques. Elle doit exiger que le conseil de sécurité des Nations unies mette tout en œuvre pour trouver les voies d’un accord qui évite les risques d’un embrasement dangereux pour la paix mondiale

Emmanuel Macron, aujourd’hui en déplacement en Corse, a qualifié Bachar Al-Assad d’« ennemi » du peuple syrien. S’agissant des frappes américaines, il indique brièvement pour l’AFP en « avoir pris note » :

Nous avons un ennemi : Daesh et l'ensemble des mouvements jihadistes. Le peuple syrien a un ennemi : Bachar Al-Assad. Il faut une action coordonnée sur le plan international en représailles au régime. J’ai pris note de l’intervention américaine.

Interrogée dans l’émission « Télématin » pour France 2, Marine Le Pen est « un peu étonnée » du changement de position de Trump à l’égard du dictateur syrien, elle qui envisageait une ligne commune entre Poutine et le président américain :

Je condamne les attaques chimiques. Mais est-ce que c‘est trop demander d’attendre le résultat d’une enquête indépendante avant d’opérer ce genre de frappes ? Je suis un peu étonnée parce que Donald Trump entendait ne plus faire des États-Unis le gendarme du monde, et c’est exactement ce qu’il a fait hier. Ce que je voudrais c’est qu’il ne retrouve pas le même scénario que celui qu’on a pu voir en Irak, en Libye, qui ont fini par conforter le fondamentalisme islamiste. Concernant Bachar Al-Assad, tant qu’il n’y a personne d’autre de crédible pour prendre ses responsabilités, on ne peut qu’organiser des élections avec lui. C’est respecter la souveraineté des États, et c’est peut être la mission des Nations unies : s’assurer qu’il doit y avoir des élections libres. Car c’est au peuple syrien de choisir son dirigeant.


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