Les « Ritals », premiers immigrés

Le Musée de l’histoire de l’immigration, à Paris, propose un regard sur l’arrivée massive d’Italiens en France entre 1860 et 1960 qui ne manque pas de résonances actuelles.

C’est le printemps 1881. Le traité du Bardo, signé en mai, fait passer la tutelle sur la Tunisie de l’Italie à la France. À Marseille, de retour d’Afrique du Nord, le 17 juin, les troupes françaises sont acclamées dans un climat d’exacerbation nationaliste. La cité phocéenne compte près de 58 000 immigrés italiens (sur 360 000 habitants), suscitant beaucoup de rejet et de haine. Tandis que défilent fièrement les tricolores, quelques sifflets et quolibets fusent. Il n’en faut pas plus pour que s’entame alors une chasse aux Italiens qui va durer trois jours, avec trois morts et une vingtaine de blessés. On crie « à bas l’Italie ! » et on chante « La Marseillaise ». La presse relaie les incidents sous le nom de « vêpres marseillaises », en référence aux « vêpres siciliennes » qui virent, à la fin du XIIIe siècle, le massacre de Français en Sicile. Douze ans plus tard, en 1893, à Aigues-Mortes (Gard), les relents de xénophobie sont plus vifs encore au sein de la Compagnie des salins du Midi, laquelle emploie nombre d’ouvriers italiens recrutés pour le battage et le lavage du sel. Des « Ritals » accusés de voler le travail des locaux. Les 16 et 17 août éclatent des affrontements. Les villageois et les ouvriers français chargent les Italiens. Violences, lynchages et coups de fusil. Le bilan est de huit morts et d’une cinquantaine de blessés. Aucune condamnation ne suivra un massacre qui ressemble à ce qu’on appellera plus tard, pour d’autres immigrés, les « ratonnades ». « Pour certains historiens, commente Stéphane Mourlane, commissaire scientifique de l’exposition « Ciao Italia ! », maître de conférences en histoire contemporaine à l’université d’Aix-Marseille, c’est le principal pogrom en France visant des étrangers. Si les chiffres ne sont pas clairs, la presse anglaise évoquera jusqu’à cinquante morts. C’est la première marque d’italophobie. »

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