Marine Le Pen va-t-elle (enfin) répondre aux juges ?

La justice française a demandé la levée de l'immunité parlementaire de la présidente du FN. Cela fait suite à ses nombreux refus de se présenter devant les juges. Une pratique coutumière pour la candidate.

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Marine Le Pen commence à s'y habituer. À tel point que la candidate du Front national trouve même « la procédure normale ». La justice française a demandé aujourd’hui sa levée d’immunité parlementaire au Parlement européen, ainsi que celle de Marie-Christine Boutonnet, une autre eurodéputée frontiste. Elles sont visées toutes les deux par une enquête sur des soupçons d’emplois fictifs. L’assistant parlementaire de madame Boutonnet est déjà mis en examen – lui ne bénéficiant pas d’immunité.

Les juges d’instruction de Nanterre avaient déjà formulé cette demande concernant Marine Le Pen auprès de Bruxelles, à la suite de ses propos assimilant les « prières de rue » des musulmans à une « occupation » (voir ici et ), et après sa diffusion sur Twitter d’images du journaliste James Foley, tué par Daech en décembre 2015.

La cheffe frontiste est suspectée d’avoir mis en place un système pour rémunérer ses cadres et ses employés nationaux avec les fonds publics de l’Union européenne. Une enquête préliminaire avait été ouverte à ce sujet en mars 2015, suivie par une information judiciaire déclenchée en décembre 2016 par le parquet de Paris. Les enquêteurs avaient saisi chez Wallerand de Saint-Just, le trésorier du FN, une lettre de juin 2014 où la combine était explicite :

Dans les années à venir et dans tous les cas de figure, nous ne nous en sortirons que si nous faisons des économies importantes grâce au Parlement européen et si nous obtenons des reversements supplémentaires.

Depuis février et mars dernier, Marine Le Pen était bien décidée à ne pas se rendre aux convocations des policiers de l’OCLCIFF, l’office anticorruption. Un refus synonyme de privilège selon Philippe Poutou, qui lui avait renvoyé lors du débat entre les onze candidats, sur BFMTV et CNews, l’absence « d’immunité ouvrière ». Ce dédain pour la justice aurait ainsi poussé les juges du pôle financier de Paris à obtenir de la part du Parlement européen une levée d’immunité, selon France Inter.

Mais l’examen de cette demande pourrait prendre plusieurs mois. Et même si la réponse est positive de la part du Parlement, qui doit voter en séance plénière sur cette question, difficile pour les juges d’être certain d’entendre Marine Le Pen avant le mois de juin : la présidente du FN « entend refuser toute convocation jusqu’aux législatives, et a fait passer la consigne aux eurodéputés du parti », selon France Inter.

Une stratégie bien huilée : en 2015, la candidate frontiste avait déjà fait patienter les juges jusqu’à la fin des élections régionales. À quel sujet ? Le FN était suspecté, lors des campagnes du FN de 2012, d’avoir voulu grassement s’enrichir aux frais de l’État, grâce à la société Riwal et au microparti Jeanne.

Des citoyens facétieux n'hésitent pas à rappeler sur les affiches de la candidate combien ce comportement désinvolte à l'égard de l'institution judiciaire est contradictoire avec son slogan de campagne.


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