Stefan Zweig, penseur contemporain

L’écrivain autrichien est souvent convoqué dans le débat actuel. À raison, car sa description de la crise des libéralismes est une leçon utile pour notre époque.

Comparaison n’est pas raison : la considération est connue. Les ouvrages ou les interventions tendant à rapprocher ou à comparer les années 1930 avec notre époque sont légion. Mais de nombreux historiens mettent en garde contre des rapprochements simples, sinon simplistes, tant les différences sont indéniables. Présence de l’URSS, antisémitisme historique répandu, protectionnisme, une Société des nations négligeable et négligée, des régimes fascistes, des guerres en Europe avant de sombrer dans le conflit mondial et la « brutalisation du monde »… Les analogies trop rapides sont donc hasardeuses. Pourtant, il est un écrivain de cette époque qui, aujourd’hui, revient fréquemment dans le débat public : Stefan Zweig. Si l’auteur de Vingt-quatre heures de la vie d’une femme ou de La Confusion des sentiments n’a jamais vraiment disparu des radars littéraires, il fut longtemps considéré comme « un peu kitsch, voire secondaire », essentiellement jusqu’au début des années 1980, en France et à l’étranger. Juif, né en 1881 dans l’Empire -habsbourgeois, l’Autrichien Stefan Zweig – qui s’est suicidé en 1942 avec sa femme – figure depuis plus de trente ans parmi les écrivains du XXe siècle les plus lus. Au cours des dix dernières années, ce sont plus de trois millions d’exemplaires de ses œuvres qui se sont écoulées en France. Les éditeurs se sont donc frotté les mains lorsqu’il est tombé dans le domaine public, en 2012, avec plus de 160 éditions disponibles, tous titres confondus. Et chaque texte, inédit, retrouvé ou oublié est à chaque fois l’assurance d’un succès de librairie. « C’est un vrai phénomène de masse, depuis très longtemps, à tel point que le moindre texte exhumé d’un fond de tiroir est d’emblée tiré à au moins cent mille exemplaires », ironise Serge Niemetz, biographe, préfacier et surtout traducteur de Zweig, en particulier de ses mémoires, Le Monde d’hier, rédigées peu de temps avant son suicide [1]. « On a redécouvert Le Monde d’hier à la fin des années 1980, comme un témoignage vite devenu mythique de l’Autriche d’avant 1940 et surtout d’une Europe disparue, à la veille de la catastrophe », souligne Serge Niemetz. Exilé dès 1934 à Londres, puis au Brésil cinq ans plus tard, « Zweig est alors très seul, dans une situation sans issue, incapable de s’engager dans une société des masses qui dément ses valeurs humanistes. » Cet autre Zweig que l’on (re)découvre, sans cesse cité depuis, est celui des essais, des conférences et des mémoires, c’est-à-dire le défenseur (souvent abattu moralement) d’une culture cosmopolite et d’une Europe transnationale.

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