La « médiacratie » fait-elle vraiment l’opinion ?

Pour nombre d’observateurs, cette campagne a été marquée par un traitement différencié des candidats et une polarisation sur ce qui fait le buzz. Au risque d’influencer le vote des Français.

Jean-Claude Renard  • 10 mai 2017 abonné·es
La « médiacratie » fait-elle vraiment l’opinion ?
© photo : Valery HACHE/AFP

C’est peut-être bien le mot qui aura marqué la campagne électorale : médiacratie. Ce terme, qui renvoie étymologiquement à la notion de pouvoir, désigne l’idée selon laquelle le système médiatique est le principe organisateur de la vie politique. En bref, ce sont les médias qui gouvernent. Entendez : les grands médias traditionnels, presse, radio et télévision. Des supports qui, dépendant de groupes financiers, ne peuvent apporter une information réellement indépendante et n’en sont pas moins très influents, forts d’un pouvoir d’adoubement, de faire et défaire le personnel politique, et fabriquant l’opinion publique.

L’idée n’est pas nouvelle. On la trouve dès 1992 dans le titre d’un ouvrage d’Henri de Virieu, La Médiacratie. Selon cette thèse, certaines personnalités bénéficieraient d’un pouvoir qu’elles n’auraient pas sans les médias ; on pensait à l’époque à Jean-Marie Le Pen ou à Michel Noir. « Les pouvoirs ne sont plus là où la loi et les ans les avaient installés, écrit Henri de Virieu. Et voilà que se forge un nouvel art de gouverner, de soigner, de juger, de gérer. D’exister aussi. » Côté médiacrates, Henri de Virieu en était pleinement un. Invitant par exemple six fois Jean-Marie Le Pen dans son émission politique phare (entre 1982 et 1993), « L’Heure de vérité ». À ce jeu-là, c’est celui qui le dit qui y est.

Depuis, le terme est revenu dans la bouche des candidats. Voilà près d’un an, Jean-Luc Mélenchon, lors de son meeting du 5 juin 2016 place de Stalingrad, à Paris, dénonçait « les puissants, les importants et les médiacrates ». Dans son discours au soir du premier tour, il employait la même formule. Quelques semaines avant, fin janvier, c’est François Fillon qui entonnait l’air de la médiacratie. Pris dans la tourmente après les soupçons d’emplois fictifs visant sa femme, il évoquait la figure de Philippe

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