Le Pen-Macron : voter ou pas ?
Faut-il voter contre le Front national ou s’abstenir de donner du poids à l’ultralibéralisme d’En marche ! ? Le choix déchire nombre de militants dont les luttes convergent pourtant. Débat bienveillant pour poser les arguments de chacun.
dans l’hebdo N° 1452 Acheter ce numéro

Dur de voter Macron quand on s’est mobilisé contre la loi travail, les violences policières, l’état d’urgence, les politiques d’austérité… Mais dur de ne pas prendre un bulletin contre le risque fasciste dans une Ve République déjà mal en point. Jean-Riad Kechaou, professeur d’histoire-géo au collège Camille-Corot, à Chelles (77), et blogueur sur Politis.fr, ainsi que Mathilde Larrère, historienne des révolutions, enseignante à l’université Paris-Est-Marne-la-Vallée et membre du collectif le Temps des lilas, défendent des positions contraires. Ils confrontent à titre strictement personnel des arguments souvent convergents, avec un courage, une bienveillance et une compréhension de l’autre assez rares en cette veille de second tour.
Pouvez-vous dire d’où vous parlez, quelle décision vous avez prise concernant le second tour, et quelles pressions pèsent sur vous quand vous l’exprimez ?
Mathilde Larrère : Je ne représente que moi et ne cherche pas à inciter qui que ce soit. J’ai dit mon choix parce qu’à force de voir des gens que je respecte et dont je connais l’engagement antilibéral, anticapitaliste et antifasciste, se hurler dessus, à travers les réseaux sociaux notamment, je me suis dit qu’il fallait arrêter. Si Emmanuel Macron devient Président, il ne faut pas qu’il se retrouve avec un champ de ruines à gauche. Il va falloir qu’on soit très soudés. Le soir du premier tour, j’étais dans l’abstention et je ne supportais pas d’entendre que cette position faisait le jeu du Front national, ni de voir certains traiter ceux qui allaient voter Macron de « collabos ». J’ai donc écrit une série de tweets pour dire qu’il ne fallait pas remettre en cause les engagements des uns et des autres en fonction de la décision qu’ils prenaient. Entre-temps, j’avais évolué en me disant : « Je ne peux pas m’abstenir, je vais voter Macron contre Le Pen. »
Jean-Riad Kechaou : Moi aussi, j’ai rarement connu une telle virulence dans les échanges. J’ai beau répéter que je ne parle qu’à titre personnel, quand j’ai annoncé, au soir du premier tour, sur Facebook : « Peuple de France, tu es incorrigible, le 7 mai, ce sera sans moi ! », j’ai reçu une vague de messages indignés. D’anciens élèves, dont une devenue enseignante, s’insurgent : « Vous, le prof qui nous avez toujours dit qu’il fallait voter, vous allez vous abstenir devant la menace du Front national ? » Ma belle-mère, qui ne vote pas parce