L’illusion d’une victoire

L’élection d’Emmanuel Macron n’efface ni l’éclatement du paysage politique constaté au premier tour ni l’ancrage de l’extrême droite. L’enjeu des législatives n’en est que plus important.

La victoire d’Emmanuel Macron est incontestable. Pour autant, il est abusif de la présenter comme un triomphe. Elle ne peut être considérée ainsi qu’au regard du parcours personnel du Président élu. On y trouve tous les éléments d’une success story propre à sculpter la légende du fringant ministre qui voulait voir les jeunes rêver d’être milliardaires : sans parti il y a un an, sans même se positionner clairement sur l’échiquier politique, sans expérience d’élu ni même de militant, et à un âge – 39 ans – qui n’est pas celui « qu’il faut » (François Bayrou dixit) pour la fonction suprême, Emmanuel Macron est devenu, le 7 mai, le huitième président de la Ve République. Et le plus jeune des vingt-cinq présidents de la République, juste devant Louis-Napoléon Bonaparte, élu à 40 ans en… 1848. Sur un plan politique, il est toutefois illusoire d’interpréter son élection comme un vote d’adhésion qui vaudrait plébiscite pour son projet. Certes, Emmanuel Macron bat largement Marine Le Pen, avec un score sans appel de 66,10 % des suffrages exprimés. Il a attiré sur son nom 20,753 millions de voix, davantage que Nicolas Sarkozy en 2007 (18,983 millions) ou que François Hollande en 2012 (18 millions), soit 43,6 % des électeurs inscrits. Un score comparable à celui des présidents élus depuis 1974. Il sort en tête dans tous les départements, à l’exception du Pas-de-Calais et de l’Aisne. Mais dans les enquêtes d’opinion réalisées par Ipsos-Steria [1], à la veille du scrutin, ou de BVA [2], le jour du vote, seulement 16 à 20 % des électeurs d’Emmanuel Macron interrogés déclarent avoir voté pour son projet, 30 % parce que c’est le candidat le moins éloigné de leurs convictions (BVA), 33 % pour le renouvellement qu’il représente (Ipsos), et 8 % pour sa personnalité (Ipsos). Entre 43 et 50 % d’entre eux affirment avoir voté pour le candidat d’En marche ! pour faire barrage à Marine Le Pen. Enfin, selon les données de BVA, 31 % de ses électeurs déclarent avoir hésité entre voter pour lui, s’abstenir ou voter blanc ou nul, signe supplémentaire d’un vote qui ne recueille qu’une adhésion limitée.

Il reste 68% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Je choisis un pack
Achetez un pack de crédits
pour accéder à cet article.
Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 8€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Articles récents