Réfugiés à Paris : une ultime évacuation pour finir le quinquennat

Plus de 1 600 migrants ont été évacués du campement de La Chapelle vers des structures d’hébergement en Île-de-France.

Vanina Delmas  • 9 mai 2017
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Réfugiés à Paris : une ultime évacuation pour finir le quinquennat
© Photo : PHILIPPE LOPEZ / AFP

Les tentes multicolores sont désertes, les couvertures et quelques restes de nourriture laissés à l’abandon. Des centaines de migrants ont été réveillés au petit matin afin d’évacuer le campement installé depuis plusieurs mois à quelques mètres du centre d’accueil de la porte de La Chapelle, dans le nord de Paris. L’information avait fuité la veille au soir sur les réseaux sociaux, volontairement ou pas. Les migrants n’étaient donc pas surpris, et les médias au rendez-vous.

Présente sur place, Emmanuelle Cosse, la ministre du Logement, a précisé que le nombre de places disponibles en Île-de-France est largement suffisant pour accueillir tous les migrants aujourd’hui :

Cette opération de mise à l’abri a pour but de conduire les migrants vers des centres d’hébergement en Île-de-France, puis vers des centres d’accueil et d’orientation (CAO). L’enjeu principal reste d’améliorer la fluidité du processus pour poursuivre la bataille de l’asile en France.

Au total « 1 609 personnes, dont 75 vulnérables » (femmes et mineurs isolés notamment), ont été prises en charge selon la préfecture d’Île-de-France. La première estimation tablait sur 800 personnes… En mars dernier, une évacuation semblable avait concerné 200 personnes. Le printemps et les afflux venant d’Italie et d’Allemagne ont décuplé le nombre de réfugiés dormant à la rue. Le calendrier politique ne permettait pas de libérer les places suffisantes pour les accueillir plus tôt.

Les réfugiés ont été rapidement acheminés dans une cour jouxtant le centre de La Chapelle, sous le contrôle de 350 fonctionnaires de police. À l’intérieur, des membres d’Emmaüs Solidarité – le gestionnaire du centre d’accueil – leur distribuent une boisson chaude, des pommes et de l’eau pour patienter. Les plus pressés s’agglutinent vers les grilles pour monter rapidement dans les bus. Certains installent leur couverture au sol pour attendre tranquillement leur tour au soleil. D’autres semblent moins sereins.

« Où vont ces bus ? Dans le sud de la France ? », demande un jeune Égyptien, un papier administratif à la main. Il s’agit d’une convocation à la préfecture de Bobigny pour sa demande d’asile prévue le 30 mai. Un Afghan tend un papier semblable : son rendez-vous a lieu le jour même à 13 h 45. « Ne vous inquiétez pas, vous restez en Île-de-France, et on vous donnera un autre rendez-vous si le vôtre a lieu aujourd’hui », leur affirme un membre de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii).

À l’opposé de la file d’attente pour monter dans les bus, le personnel d’Emmaüs et de France terre d’asile commence à isoler certains migrants, qui ne sont pas choisis au hasard. Petite scène d’incompréhension. « Nous rassemblons une centaine d’entre eux que nous avons identifiés comme primo-arrivants pour les faire entrer dans la bulle [surnom du sas d’entrée vers le centre d’accueil de La Chapelle] », explique un bénévole.

Aujourd’hui, il n’y aura donc pas de bousculades sur le trottoir devant le centre. Les couvertures servant d’abri au-dessus des barrières sont restées telles quelles. Des bénévoles d’Utopia 56 poussent de grandes poubelles et s’apprêtent à nettoyer les alentours. Plus loin, des employés de la mairie vêtus de combinaisons blanches s’attellent à faire place nette et jettent directement les tentes dans un camion-poubelle. Opération humanitaire ou grand ménage de printemps pour le début de quinquennat du nouveau Président ?

Société
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