À Toulouse, une mobilisation contre un universitaire accusé de harcèlement sexuel

Un large panel d’associations, de collectifs et de laboratoires, ainsi que des enseignants-chercheurs, s’opposent à l’attribution de l'éméritat à un professeur de l’université Jean-Jaurès.

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C’est hélas bien connu : le harcèlement sexuel est un problème endémique dans l’université et la recherche françaises. Le plus souvent passé sous silence, voire mis sous le tapis par les instances dirigeantes des universités concernées, son omniprésence est un secret de polichinelle qui peine pourtant à trouver une expression publique.

Le plus souvent, il est le fait d’hommes plus âgés et supérieurs hiérarchiquement à leurs victimes, elles-mêmes souvent précaires et donc peu enclines à engager des poursuites qui pourraient nuire à leur carrière. Conséquence : les délinquants en question ne sont généralement pas inquiétés, quand bien même leurs agissements sont connus de tous.

À Toulouse, un cas emblématique est actuellement l’objet d’une campagne de la part d’un grand nombre d’acteurs de la communauté universitaire locale et au-delà : l'attribution de l'éméritat (titre honorifique accordé à certains professeurs admis à faire valoir leur droit à la retraite, leur permettant notamment de continuer à encadrer des travaux de recherche) à Daniel Welzer-Lang, professeur des universités, habilité à diriger des recherches, en sociologie dans cet établissement et accusé à de multiples reprises d’actes de harcèlement sexuel.

Une lettre ouverte, faisant aussi office de pétition (à lire et signer ici), à l’initiative de l’association Clasches (Collectif de lutte antisexiste contre le harcèlement sexuel dans l'enseignement supérieur), et soutenu par un large panel d’associations, de collectifs et de laboratoires, ainsi que des universitaires à titre personnel, fait ainsi valoir : « Daniel Welzer-Lang a été accusé de harcèlement sexuel par plusieurs étudiantes sans qu’aucune procédure administrative soit jamais ouverte afin d’enquêter sur ces faits ; d’autre part, cet enseignant est coutumier de pratiques pédagogiques susceptibles de mettre en danger l’intégrité physique et psychologique des étudiant.e.s. »

Le professeur, assurant, comble de l’ironie, des séances dans des études de genre, est ainsi accusé d’avoir multiplié les « propos, comportements et/ou situations à connotation sexuelle » lors de ces cours, alors même qu’il est absent « de l'intégralité des réseaux scientifiques institutionnalisés en études genre ».

Les signataires font valoir que l’attribution de l’éméritat à l’enseignant-chercheur reviendrait à « nier la parole des victimes de harcèlement sexuel à l'Université et à décourager la parole de potentielles futures victimes de harcèlement ». Ils appellent la direction de l’université à prendre ses responsabilités, et à obéir à l’obligation qui lui est faite par la circulaire ministérielle du 25 novembre 2015 de prévenir le harcèlement sexuel en son sein.


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