Médine : « Ça fait des années que je m’attends à ce qu’une balle se loge entre mes omoplates »

Le rappeur, visé par le groupe d’extrême droite AFO, se constitue partie civile lors du procès de ses membres. Il explique en exclusivité à Politis la nécessité de riposter sur le terrain judiciaire dans un contexte de montée du racisme et de l’islamophobie.

Pauline Migevant  • 25 juin 2025 abonné·es
Médine : « Ça fait des années que je m’attends à ce qu’une balle se loge entre mes omoplates »
Médine, en mars 2023, au Havre.
© Maxime Sirvins

Le procès de 16 membres du groupe Action des forces opérationnelles (AFO) pour associations de malfaiteurs terroriste se poursuit. En plus de projets impliquant d’empoisonner de la nourriture halal ou de tuer des imams salafistes, le groupe avait évoqué la possibilité de « s’en prendre » au rappeur Médine. Ce dernier vient de se constituer partie civile. La recevabilité de sa demande sera examinée au cours du procès. Avant d’être auditionné aujourd’hui par le tribunal, il livre une interview exclusive à Politis.

Pourquoi est-il important pour vous de vous constituer partie civile aujourd’hui ?

Médine : C’est important au-delà de mon cas et des menaces dont je peux faire l’objet, pour que la vie des musulmans compte à nouveau dans ce pays. Ça me dépasse. Si ça ne me concernait que moi, ce serait anecdotique. Mais là, ça me dépasse. Il faut que j’aille sur le terrain judiciaire pour tous ceux qui ne peuvent pas le faire. J’y vais sans être certain que ma constitution de partie civile soit jugée recevable.

Comment vivez-vous le fait d’apprendre par la presse les projets d’attentats ou même le début du procès ?

Je le vis comme une angoisse. Au-delà de ma personne, ça angoisse mon entourage familial et professionnel qui peut se dire que ça peut surgir là et maintenant. Je suis dans une espèce de résilience et en combat à mort contre l’extrême droite. J’étais en pleine tournée en 2018, j’ai dû prendre des agents de sécurité en plus. J’avais dû engager deux agents de sécurité, déménager car mon adresse était connue, sur conseil de mon entourage et de mes avocates.

Je me sens livré à moi-même dans ce combat.

Ça demande un aménagement logistique et un ménagement psychologique. Cette affaire date de 2018. Ça fait 7 ans qu’on a appris que des attentats étaient prévus contre des musulmans. Pendant 7 ans, j’ai attendu qu’une balle vienne se loger dans mes omoplates. Je n’ai jamais été contacté, protégé ou averti. Je me sens livré à moi-même dans ce combat. Ça en dit beaucoup sur la façon dont la société traite les musulmans.

Jusqu’ici les prévenus disent que c’était du « fantasme » et qu’ils n’allaient jamais rien faire. L’actualité récente a été marquée par des meurtres racistes. Est-ce que ce contexte politique vous a aussi encouragé à vous constituer partie civile ?

Le timing n’est pas anodin. Il y a des passages à l’acte sur des citoyens musulmans qui font que c’est indispensable d’aller sur tous les terrains de lutte. Si je dois y aller, c’est que nous

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