Camouflet pour Theresa May

La défaite politique de la Première ministre britannique est aussi celle de sa politique d’austérité.

Denis Sieffert  • 9 juin 2017
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Camouflet pour Theresa May
© photo : Ben STANSALL / AFP

Theresa May voulait renforcer sa majorité, pari perdu. La Première ministre a subi une défaite cinglante, le 8 juin, à l’issue d’un scrutin législatif anticipé qu’elle avait elle-même provoqué.

Selon des résultats quasi définitifs, les Conservateurs ont perdu 14 sièges, tandis que les Travaillistes conduits par Jeremy Corbyn enregistrent un gain de 28 sièges. Donné archi battu dans les premiers sondages, celui qui incarne l’aile gauche antilibérale est le vainqueur moral de l’élection. Au total, avec 314 sièges à la Chambre des Communes, contre 261 aux Travaillistes, les Conservateurs ne sont plus en mesure de gouverner seuls. D’où le début d’une période de tractations pour constituer une improbable majorité. À noter aussi le net recul du Scottish National Party, qui perd 21 sièges, et la disparition du parti xénophobe Ukip, pourtant fer de lance de la campagne pour le Brexit.

Jeremy Corbyn n’a pas manqué, au cours de la nuit, d’appeler Theresa May à la démission. « Elle a perdu des sièges conservateurs, perdu des voix, perdu le soutien et la confiance. C’est assez pour qu’elle parte et laisse la place à un gouvernement vraiment représentatif », a déclaré le leader du Labour, lui-même réélu dans son fief du nord de Londres.

Organisé un an après le référendum sur le Brexit, ce scrutin qui devait renforcer la position de Theresa May, l’a en réalité affaiblie à quelques jours de l’ouverture des négociations pour la sortie de l’Union européenne.

Comment expliquer ce résultat inenvisageable il y a encore un mois ?

Le débat sécuritaire en cachait un autre

Le débat sur les modalités de sortie de l’Union européenne, qui devait être au cœur de la campagne, a été largement éclipsé par les deux attentats de Manchester, le 22 mai, et de Londres, le 3 juin. Et ce qui devait être une campagne facile pour Theresa May, favorable à un Brexit dur, alors que son rival travailliste veut éviter un bras de fer avec Bruxelles, a d’abord cédé la place à un débat sécuritaire. Jeremy Corbyn a attaqué la Première ministre sur sa politique d’économie qui a abouti à la suppression de 14 % des effectifs de police, lorsque Theresa May était ministre de l’Intérieur du gouvernement Cameron.

Mais le débat sécuritaire en cachait un autre, sur l’austérité et la défense des services publics. Les Travaillistes ont enregistré une remontée dans les sondages en promettant la création de 10 000 postes de policiers et un renforcement général des forces de l’ordre. En filigrane, il y a le procès du libéralisme dont les Conservateurs britanniques sont des partisans durs. Car la question de la crise du service public de santé, également consécutive de mesures d’économie, s’est rapidement invitée dans la campagne, plaçant la Première ministre en position délicate. Les Travaillistes ont pu ainsi passer à l’offensive, promettant d’augmenter de 30 milliards de livres (34,5 milliards d’euros) sur cinq ans les fonds attribués au National Health Service, le service de santé.

La question de l’immigration a également été au centre du débat. Mais, côté Conservateurs, de la pire des façons, en exploitant le contexte des attentats. Theresa May a promis de ramener le solde migratoire de 270 000 entrées par an à « quelques dizaines de milliers ». Jeremy Corbyn s’est démarqué en soulignant « la contribution énorme des travailleurs immigrés » à l’économie britannique, notamment dans la santé et les transports.

Vainqueur moral du scrutin, Jeremy Corbyn a réussi une excellente campagne orientée sur la défense des services publics. Il remporte une victoire symbolique contre Theresa May, qui l’avait sous-estimé, mais aussi contre la droite très « New Labour » de sa propre formation qui n’avait jamais admis sa prise du pouvoir à la tête du parti de Tony Blair. Sa spectaculaire remontée est surtout due au vote des jeunes. Un paradoxe pour cet homme de 68 ans qui a tout simplement réussi à porter le débat sur le terrain politique et non sur celui, artificiel, du « changement ». Il y a sans doute quelques leçons à tirer de ces législatives britanniques de ce côté-ci de la Manche.

Monde
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