Ce très droitier Monsieur Collomb

Le nouveau ministre de l’Intérieur a montré comme maire de Lyon combien sa gestion allie opportunisme économique et autoritarisme sécuritaire. Portrait du « premier macronien ».

Tous ceux qui l’ont pratiqué à la mairie de Lyon ou à la communauté urbaine (devenue en 2015 la métropole du Grand Lyon) le soulignent d’emblée : Gérard Collomb est un homme autoritaire, capable de crises de colère épiques. L’un des collaborateurs du sénateur-maire de la deuxième ville de France tâchait ainsi, vers 2008, de gérer au mieux un dossier concernant un immeuble squatté par des Roms. Lorsqu’il informe Gérard Collomb du problème, celui-ci explose. « Quoi ? Des Roms ? Mais tu ne les connais pas ! Moi, je les connais. Les Roms, tu leur installes un chiotte ici, ils vont chier là-bas ! » Entre le maire de Lyon et les Roms, c’est une longue histoire de harcèlements, quand il ordonne, notamment, de creuser une tranchée de deux mètres de profondeur autour d’un campement en 2015 ou, l’été suivant, de fermer les points d’eau d’un square le long duquel sept familles roms s’étaient installées… Plus largement, comme le notait Le Monde au lendemain de son élection en 2001, Gérard Collomb s’est tout de suite placé en « champion de la lutte contre l’insécurité », au terme d’une campagne où l’une des priorités affirmées du candidat, alors PS, dans cette ville réputée à droite, avait été « la tranquillité publique ».

Vendredi 23 juin, après avoir présenté la veille, devant le conseil des ministres, le projet de loi transcrivant dans le droit commun certaines mesures de l’état d’urgence, source de forte inquiétude pour les libertés publiques [1], le ministre de l’Intérieur du gouvernement Philippe II mène au pas de charge une visite à Calais. Il y multiplie les déclarations de soutien aux forces de l’ordre, balayant du revers de la main les innombrables accusations et témoignages des militants associatifs sur les violences, humiliations et brimades commises par ses hommes en uniforme à l’encontre des migrants (voir ci-contre). « Pour agir avec humanité, il faut une grande fermeté ! Il n’y a pas d’un côté les policiers, les gendarmes, qui seraient agressifs et, de l’autre, des migrants qui seraient d’une douceur légendaire », ironise alors le ministre, avant d’expliquer qu’il est hors de question de laisser s’installer un « nouveau point de fixation » de réfugiés autour de Calais.

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La théorie dite de « l’appel d’air » a toujours été prisée par Gérard Collomb en matière d’immigration. Élu en 2008 comme membre de la « société civile » sur la liste du maire de Lyon lors de sa réélection, Olivier Brachet dirigeait depuis vingt-cinq ans l’association Forum réfugiés. Il est chargé du logement auprès de Gérard Collomb et espère pouvoir agir utilement dans ce domaine tout en poursuivant son action en faveur des migrants. Directeur de sa campagne en 2014, il suit l’édile au Grand Lyon en 2015, en qualité de vice-président de la métropole, mais démissionne très vite « car plus aucune discussion n’était possible face à la toute-puissance de la pensée collombienne ». Il confirme que celle-ci en matière d’immigration ne connaît que la peur de l’appel d’air : « Sur ces sujets, il craint toujours que des mesures humaines provoquent un afflux. Sa conception, c’est : “Il ne faudrait pas qu’il en arrive trop !” » Surtout, l’ancien élu souligne que Gérard Collomb pense de la même manière les questions sociales : _« Il a toujours été partisan de la politique de l’offre et du ruissellement de la richesse en matière économique, une politique qui est franchement de droite. En gros, il pense : “Soyons riches et les pauvres le seront moins !” Pour lui, la pauvreté, il faut la diluer dans les quartiers et la cacher. Les politiques sociales, dans son esprit, risquent donc d’alimenter des flux de pauvres vers Lyon. De ce point de vue, il n’y a pas de différence entre Laurent Wauquiez, président de la Région Auvergne/Rhône-Alpes, et lui. C’est pourquoi, s’il est pour le RSA, il pense qu’il faut forcer les gens à bosser en échange… »

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