Législatives : La moitié d’une démocratie

Emmanuel Macron pourra compter sur une majorité pléthorique mais peu légitime, à l’issue d’un scrutin marqué par l’abstention.

De la victoire au triomphe ? Sans attendre que tous les résultats du premier tour soient déjà connus, instituts de sondage et commentateurs étaient unanimes dimanche soir à prédire un raz-de-marée de députés macronistes à l’Assemblée nationale le 18 juin. L’implacable logique du scrutin uninominal à deux tours et le positionnement central des candidats des mouvements d’Emmanuel Macron et de François Bayrou concourent à rendre cette issue hautement probable après ce premier tour qui a vu les candidats de la République en marche (LREM) virer en tête avec 32,32 %, devançant de près de 11 points ceux de la droite (LR-UDI-DVD), à 21,56 %. Reléguant plus loin encore le Front national (13,2 %), la France insoumise (11,02 %), le Parti socialiste (7,44 %), Europe écologie-Les Verts (3,39 %) et le Parti communiste (2,72 %). Mais ce succès n’est toutefois acquis que dans un océan d’abstention. Celle-ci atteint 51,29 % contre 42,8 % en 2012. Pour la première fois dans une élection législative, une bonne moitié des électeurs a donc boudé les urnes ou refusé de choisir – les votes blancs et nuls représentent 1,08 % des inscrits. Ce sont ainsi près de 25 millions de Français – auxquels il conviendrait d’ajouter les 11 millions de non-inscrits ou mal-inscrits sur les listes électorales – qui se sont auto-exclus du vote. La faute à la prééminence de l’élection présidentielle en regard de laquelle les législatives sont perçues comme une élection secondaire ? C’est l’explication avancée par des responsables politiques de tous bords. Depuis l’instauration du quinquennat et l’inversion du calendrier électoral, en 2002, l’abstention a bondi de 17 points, notait ainsi le communiste Pierre Laurent, dimanche soir. L’explication est toutefois un peu courte. Car si l’élection des députés, quand elle est organisée dans la foulée d’une présidentielle – cela a été le cas en 1981 et en 1988 –, a toujours généré un surcroît d’abstention, la participation électorale aux législatives est sur un toboggan depuis 1993. Elle coïncide avec la conversion des socialistes aux politiques d’accompagnement du libéralisme et de libération de l’économie, conversion qui s’est accélérée avec le traité de Maastricht et son objectif européen d’union économique et monétaire, payé au prix fort par les catégories populaires.

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