Simone Veil, une femme de convictions

Plusieurs fois ministre dans des gouvernements de droite, son principal fait d’armes reste d’avoir fait adopter la loi sur l’IVG. Un combat qui lui vaut estime et honneurs.

Michel Soudais  • 30 juin 2017
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Simone Veil, une femme de convictions
© Photo : AFP

Simone Veil est décédée ce matin, 30 juin, à son domicile, a annoncé sa famille. Elle allait avoir 90 ans le 13 juillet. Grande figure de la vie politique, elle a notamment été ministre, première présidente du Parlement européen, académicienne, membre du Conseil constitutionnel.

Elle s’était fait connaître en faisant voter en 1974 la loi portant son nom sur l’IVG. Elle était alors ministre de la Santé sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. Nommée à ce poste quelques mois plus tôt, elle n’avait pas d’expérience politique et son difficile combat pour faire adopter cette loi – contre une partie de la droite, dans une assemblée qui ne comptait que 9 femmes pour 490 députés – a fait d’elle, pour longtemps, la personnalité politique la plus populaire de France. Mais aussi une des figures les plus haïes par l’extrême droite et les catholiques traditionalistes.

Rien ne prédisposait cette fille d’un père conservateur, épouse d’un grand patron, grande bourgeoise, mère de trois enfants, à porter ce combat. Mais elle a choisi, comme elle l’a dit simplement à la tribune de l’Assemblée nationale « d’écouter les femmes » ; et invité les parlementaires à le faire également. « Je n’imaginais pas la haine que j’allais susciter », confiera-t-elle en 2004 dans un livre entretien avec la journaliste Annick Cojean, Les hommes aussi s’en souviennent. « Il y avait tellement d’hypocrisie dans cet hémicycle rempli essentiellement d’hommes, dont certains cherchaient en sous-main des adresses pour faire avorter leur maîtresse ou quelqu’un de leurs proches. »

https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i07169806/simone-veil-et-son-projet-de-loi-relatif-a-l-interruption-volontaire-de

Née le 13 juillet 1927 à Nice (Alpes-Maritimes) et fille de l’architecte André Jacob, Simone Veil incarnait également la mémoire de la Shoah. Rescapée des camps de la mort, où elle avait été déportée à 16 ans, elle a évoquée en septembre 1976 pour la première fois publiquement ce drame dans un documentaire (visionner ce témoignage sur le site de l’INA).

Mariée à Antoine Veil, inspecteur des finances et chef d’entreprise, rencontré à Sciences-po, Simone Veil avait commencé en 1956 une carrière dans la magistrature qui l’a conduite à devenir la première femme secrétaire général du Conseil supérieur de la magistrature (1970-1974), poste qu’elle occupait quand Jacques Chirac, Premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing, l’a appelée dans son gouvernement pour occuper le poste de ministre de la Santé.

Une politique atypique

Simone Veil commence alors une carrière politique marquée certes par son combat pour les droits des femmes, mais aussi par son engagement européen. Tête de liste de l’UDF, la formation libérale et centriste du président Valéry Giscard d’Estaing, pour les premières élections au suffrage universel du Parlement européen, elle devient la première présidente de cette institution. L’Europe – et plus généralement la paix – ne cessera d’être l’autre grande cause de sa vie.

Elle est toutefois toujours restée une politique atypique. Aussi peu à l’aise avec la droite moraliste qu’avec la gauche sectaire, Simone Veil, qui préférait Pompidou à de Gaulle, Chaban-Delmas à Giscard d’Estaing, Rocard à Mitterrand et Sarkozy à Chirac, méprisait en fait la politique politicienne. Connue pour son fort caractère, elle n’avait « pas envie de faire des concessions. Même à des électeurs ». « La politique me passionne mais, dès qu’elle devient politicienne, elle cesse de m’intéresser », ajoutait-elle.

Centriste « sans ambiguïté », hostile à toute alliance avec le Front national, elle n’hésitait pas à défendre des positions appréciées à gauche, notamment sur l’immigration, la natalité ou l’homosexualité.

Affaiblie depuis plusieurs années, l’une de ses dernières apparitions publiques remonte à octobre 2012 : elle avait participé au congrès fondateur de l’Union des démocrates et indépendants (UDI) aux côtés de Jean-Louis Borloo. L’été dernier, elle avait été brièvement hospitalisée pour des problèmes respiratoires. Son décès a suscité une pluie de réactions unanimes dans toute la classe politique et parmi les organisations féministes.

À lire aussi >> IVG : « Et après, ça se passe comment ? »

Politique
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