Al Hoceima : Au son des youyous, « liberté, dignité et justice sociale »

Le 20 juillet, la manifestation du mouvement Hirak, à Al Hoceima, interdite par le pouvoir, a été durement réprimée. La présence féminine y était remarquable. Reportage

Nadia Sweeny  • 26 juillet 2017 abonné·es
Al Hoceima : Au son des youyous, « liberté, dignité et justice sociale »
© photo : Jalal Morchidi/Anadolu Agency/AFP

Les femmes marocaines paraissent pourtant bien paisibles lorsqu’on les croise un jour banal dans les rues d’Al Hoceima. Leurs visages hâlés, au regard ensoleillé, sont souvent cerclés d’un tissu léger. Mais, ce 20 juillet, ces femmes prétendument « soumises » se sont postées avec aplomb devant les unités de la police anti-émeutes et ont levé le poing au ciel, hurlant de tout leur souffle : « Liberté, dignité et justice sociale ! »

À lire aussi >> Hirak : les femmes du Rif au cœur de la lutte

Youyous en écho, les cris des « Hajja », au physique ridé et maternel, ont résonné dans les ruelles : « Makhzen, méfie-toi, nous sommes tous des Zefzafi ! » Les plus jeunes, au look souvent européen, se sont élancées à l’assaut du pouvoir en s’époumonant pour la libération des prisonniers politiques, contre la militarisation du Rif et la corruption de l’État. Quand, dans un chant uniforme, la voix des hommes s’est mêlée à la leur pour lancer l’injonction suprême : « Le peuple exige… », le champ des possibles a paru infini. Le pouvoir marocain a tremblé : sa police a chargé [1]. En rangs serrés, ankylosées dans leur armure des grands jours, les forces de l’ordre ont tout tenté pour empêcher l’union de la population, descendue en masse dans les rues à l’appel de Nasser Zefzafi, le leader du Hirak emprisonné.

Ce 20 juillet, c’était aussi le jour de commémoration de la première victoire du héros local, Abdelkrim el Khattabi, sur les troupes coloniales espagnoles en 1921. Mais le peuple d’Al Hoceima, petite ville de 15 000 habitants, n’a pas eu l’autorisation d’exiger quoi que ce soit. L’État le lui a interdit.

Partout dans la ville, les femmes se sont mises à

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