Notre-Dame-des-Landes : À l’ombre du totem de la victoire

Auditionnés par les médiateurs du gouvernement, les opposants à l’aéroport peuvent, pour la première fois, confronter leurs arguments. Sur la ZAD, on n’a jamais été aussi confiants.

Patrick Piro  • 12 juillet 2017 abonné·es
Notre-Dame-des-Landes : À l’ombre du totem de la victoire
© photo : Patrick Piro

Le peuple « de boue » n’a jamais aussi bien et aussi mal porté son nom sur la « zone à défendre » (ZAD) de Notre-Dame-des-Landes, samedi 8 et dimanche 9 juillet. C’est sous la canicule que s’est tenu le rassemblement annuel des opposants au projet d’aéroport, à une quarantaine de kilomètres au nord-est de Nantes. Au lieu-dit Chêne des Perrières, le champ prêté par des paysans rebelles à l’expropriation a viré au jaune, et l’on cuit encore plus sous la toile des chapiteaux. Les nouveaux venus peinent à s’imaginer les épopées en ciré, à saute-ornières, de quelques mémorables éditions précédentes. « Chauffe la lutte, pas le climat ! », exhorte une banderole.

Car debout, les « anti » le sont plus que jamais. Il en est encore venu cette année près de 20 000, sur les deux jours. Dimanche matin, plusieurs centaines ont exécuté sur la steppe une « danse de la dissidence » invoquant le renoncement des avions, à défaut de faire venir la pluie. Sous le signe des totems, emprunté « avec respect » aux Amérindiens : une trentaine de poteaux ouvragés et surchargés de messages militants ont été dressés sur le champ. Geneviève Coiffard, membre de l’Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d’aéroport (Acipa), et l’une des âmes de la mobilisation, suggère le triton crêté, emblème menacé de cette zone humide, pour animal-totem « protecteur autant que protégé. Et puis il nous manque un totem, celui de la victoire ! » Dans le dos de la foule, quatre gaillards sont en train de l’ériger, une paire d’ailes de bois signant un grand V sur l’azur. On se le glisse avec une prudence convenue, sur la ZAD : ce rassemblement est probablement le « der des ders », au moins dans sa forme actuelle. Les opposants ne se sont jamais sentis aussi proches d’une conclusion conforme à des décennies de résistance : l’abandon du projet d’ici à la fin de

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Écologie
Temps de lecture : 10 minutes

Pour aller plus loin…

Une quinzaine de militants écolos arrêtés partout en France
Répression 6 juin 2023

Une quinzaine de militants écolos arrêtés partout en France

Ce 5 juin à l’aube, une quinzaine de militants écologistes ont été arrêtés dans huit communes françaises. Cette action policière coordonnée vise des activistes accusés d’avoir participé à une action, en décembre dernier, dans une usine Lafarge des Bouches-du-Rhône. Les Soulèvements de la terre appellent à les soutenir.
Par Nadia Sweeny
À Soissons, la laine de roche de la discorde
Reportage 2 juin 2023

À Soissons, la laine de roche de la discorde

L’industriel  Rockwool tente d’implanter une fabrique de laine de roche à proximité de Soissons depuis des années. Une fronde citoyenne prend de l’ampleur contre ce projet jugé toxique pour la santé et l’environnement.
Par Vanina Delmas
Pesticides : le grand détricotage
Environnement 31 mai 2023 abonné·es

Pesticides : le grand détricotage

La France s’est engagée à réduire de moitié son utilisation des produits phytosanitaires d’ici à 2025. Mais chaque tentative de réglementation du secteur, au niveau national aussi bien qu’européen, se solde par un échec.
Par Rose-Amélie Bécel
« La relance du nucléaire est une fuite en avant vertigineuse »
Entretien 31 mai 2023 libéré

« La relance du nucléaire est une fuite en avant vertigineuse »

C’est une offensive sans précédent que mènent depuis des mois l’industrie nucléaire française et ses appuis politiques pour tenter de redonner à la filière sa splendeur passée. Dernier épisode : la loi de relance du nucléaire. Yves Marignac, porte-parole de l’institut négaWatt, dénonce un enthousiasme hors-sol.
Par Patrick Piro