Notre-Dame-des-Landes : À l’ombre du totem de la victoire

Auditionnés par les médiateurs du gouvernement, les opposants à l’aéroport peuvent, pour la première fois, confronter leurs arguments. Sur la ZAD, on n’a jamais été aussi confiants.

Le peuple « de boue » n’a jamais aussi bien et aussi mal porté son nom sur la « zone à défendre » (ZAD) de Notre-Dame-des-Landes, samedi 8 et dimanche 9 juillet. C’est sous la canicule que s’est tenu le rassemblement annuel des opposants au projet d’aéroport, à une quarantaine de kilomètres au nord-est de Nantes. Au lieu-dit Chêne des Perrières, le champ prêté par des paysans rebelles à l’expropriation a viré au jaune, et l’on cuit encore plus sous la toile des chapiteaux. Les nouveaux venus peinent à s’imaginer les épopées en ciré, à saute-ornières, de quelques mémorables éditions précédentes. « Chauffe la lutte, pas le climat ! », exhorte une banderole. Car debout, les « anti » le sont plus que jamais. Il en est encore venu cette année près de 20 000, sur les deux jours. Dimanche matin, plusieurs centaines ont exécuté sur la steppe une « danse de la dissidence » invoquant le renoncement des avions, à défaut de faire venir la pluie. Sous le signe des totems, emprunté « avec respect » aux Amérindiens : une trentaine de poteaux ouvragés et surchargés de messages militants ont été dressés sur le champ. Geneviève Coiffard, membre de l’Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d’aéroport (Acipa), et l’une des âmes de la mobilisation, suggère le triton crêté, emblème menacé de cette zone humide, pour animal-totem « protecteur autant que protégé. Et puis il nous manque un totem, celui de la victoire ! » Dans le dos de la foule, quatre gaillards sont en train de l’ériger, une paire d’ailes de bois signant un grand V sur l’azur. On se le glisse avec une prudence convenue, sur la ZAD : ce rassemblement est probablement le « der des ders », au moins dans sa forme actuelle. Les opposants ne se sont jamais sentis aussi proches d’une conclusion conforme à des décennies de résistance : l’abandon du projet d’ici à la fin de l’année.

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