Sélection : vers la fin de l'université universelle ?

Près de 90 000 jeunes se retrouvent sans affectation pour la rentrée 2017. Face à cet échec, le gouvernement veut renouveler l'enseignement supérieur en imposant une sélection à l'entrée.

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Au lendemain de la troisième phase d'Admission post-bac (APB), ils sont 90 000 bacheliers et étudiants en réorientation, à ne pas savoir où ils iront en septembre. Parmi eux, Louisa, bac S récemment acquis, fulmine : « J'ai fait cinq vœux à l'université, dans des secteurs et domaines différents. Je ne suis pris dans aucun ! » Comme elle, ils sont 10 000 à ne pas avoir eu de place en licence, des formations qui, pourtant, sont ornées d'une pastille verte sur APB, indiquant que l'entrée y est garantie. « C'est un énorme gâchis », a dénoncé lundi 17 juillet sur France Inter Frédérique Vidal, la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Fustigeant la sélection par tirage au sort, l'ancienne présidente de l'université de Nice s'est engagée à y mettre fin en 2018, au profit d'un nouveau type de sélection.

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Débat sur la sélection

Ce même lundi après-midi s'ouvrait, au ministère, des concertations sur les solutions possibles. Entre autre, l'une des promesses de campagne d'Emmanuel Macron : des « prérequis pour réussir dans les filière visées ». Ces prérequis seront indiqués dans « des contrats de réussite » proposés aux étudiants, évoquait Édouard Philippe lors de son discours de politique générale. Loin du caractère arbitraire du tirage au sort, cette sélection mettra en avant « le mérite et l'effort » estime en chœur le gouvernement.

Mais les discussions s'annoncent plus complexes : si la sélection à l'entrée des universités est largement défendue par la Conférence des présidents d'université (CPU), les syndicats étudiants ne l'entendent pas de cette oreille. C'est le cas de l'Unef qui s'oppose à toute forme de processus sélectif et voit dans les prérequis une sélection déguisée. « L'enjeu, ce n'est pas de remplacer une forme de sélection par une autre », martèle Tarek Mahraoui, vice-président de la Fage, syndicat étudiant majoritaire, qui ajoute :

De quel droit pouvons-nous interdire l'accès à l'enseignement supérieur à un bachelier, quelle que soit la nature de son baccalauréat ?

« Être productif, même à la fac »

« En instaurant ces prérequis à l'entrée de l'université, on abandonne la spécificité de la licence, cette formation qui accueille tout le monde, sans distinction », explique Hervé Christofol, secrétaire général du Snesup-FSU, un des principaux syndicat de l'enseignement supérieur. « Le but de l'université, c'est de donner leur chance aux lycéens laissés sur le carreau, qui n'ont pas forcément les prérequis nécessaires mais qui pourront, dans ce milieu, s'épanouir et s'émanciper. »

Mathieu, bachelier ES dont les cinq premiers vœux n'ont pas été acceptés, regrette aussi qu'il y ait dans les études « une obligation d'être productif » et donc « de ne surtout pas se tromper ». Il suffit de voir comment le ministère aborde le sujet de la réorientation : un « échec » coûteux. Le jeune bachelier sait qu'il aura une place à l'université en septembre : il a été admis dans son dernier vœu, en licence d'histoire à Nantes. Mais ce n'était pas ce qu'il voulait. Peut-être va-t-il y rester un an pour se réorienter l'année prochaine et retenter sa chance. Ou essayer de partir à l'étranger. « J'ai même songé à redoubler ma terminale pour recommencer l'année prochaine. Mais quelle utilité à avoir deux fois le bac ? » Il compte aussi sur la procédure complémentaire d'APB. Celle-ci ouvre plus de 200 000 places dans 3 500 cursus, dont 158 000 places supplémentaires dans des licences non sélectives. Mais rien n'assure aux futurs étudiants qu'ils seront pris dans les filières qu'ils demandent.

Trop peu de places

On le voit, plus qu'une question de sélection, il y a un problème de manque de places dans les amphithéâtres des universités : 90 000 étudiants, cela correspond au total des effectifs de trois universités conséquentes, telles que Paris 5 Descartes (38 000 étudiants), Paris 8 Vincennes-Saint-Denis (22 000) et Paris 7 Diderot (29 000). En bref, il manque trois universités dans le paysage français pour répondre aux besoins des nouveaux bacheliers. Un chiffre qui n'étonne pas lorsque l'on sait que chaque année, ce sont plus de 20 000 étudiants qui viennent s'ajouter aux effectifs. En septembre 2017, ils seront 40 000 de plus que l'année dernière. Et tout cela avec un budget en baisse.

« La France se situe à la 13e place des pays de l'OCDE en terme du pourcentage du PIB consacré à l'enseignement supérieur », explique Hervé Christofol. Et cela ne risque pas d'aller en s'arrangeant puisque le gouvernement a annoncé une baisse de plus de 330 millions d'euros dans le budget de l'enseignement supérieur et de la recherche. Une restriction à hauteur de 95 millions d'euros pour le seul budget de l'université, contre 51 millions l'année précédente.


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