Tempête au Club des Cinq

Passée à la moulinette d’Internet ou rajeunie pour conquérir de nouvelles générations, la série d’Enid Blyton a connu des réécritures qui soulèvent des débats sur le rapport à l’œuvre et au temps.

L’opération ne date pas d’hier. Depuis sa première parution en France, en 1955, Le Club des Cinq, série écrite par l’Anglaise Enid Blyton sous le titre The Famous Five dans les années 1940, a connu plusieurs rééditions. Classique : on change la couverture, la présentation, le graphisme… On « rafraîchit », on « actualise », on « modernise ». Mais Le Club des Cinq, soit les aventures de quatre apprentis détectives et de leur chien, n’a pas été seulement réédité, il a été réécrit. Exit le passé simple au profit du présent. Le « nous » devient « on ». Certaines phrases sont sabrées, les dialogues privilégiés, la page est « aérée »… Cela donne, édition 1993 : « Qui veut une glace ? Voici le marchand, dit Annie. Moi ! répondit le chœur des enfants. Annie prit l’argent que chacun lui tendait et revint bien vite avec cinq cornets. Le chien se mit à sauter joyeusement autour d’elle. » Et dans l’édition 2016 : « Qui veut une glace ? Voilà le marchand !, annonce Annie. Moi !, répondent les autres en chœur. La fillette prend l’argent que chacun lui tend et revient bientôt avec cinq cornets. » En 2016, Dagobert ne saute plus pour glaner sa part. Ça ne change pas le récit, mais la visualisation de la scène. Plus loin, François demande à sa cousine Claude, qui aime qu’on la considère comme un garçon, sur quoi travaille son père. En 1993 : « Quelle idée ? demanda François. Une fusée pour emmener des touristes dans la Lune ? Ou une nouvelle bombe ? Ni l’un ni l’autre. Je crois que c’est une invention qui doit donner de la chaleur, de la lumière et de la force motrice pour presque rien, dit Claude. J’ai entendu papa en parler, il est enthousiaste ! Il appelle cela “un cadeau pour l’humanité”. » En 2016, le passage devient : « Quelle idée ?, demande l’aîné du groupe. Une fusée pour emmener des touristes dans la Lune ? Non, malheureusement. C’est une invention qui doit permettre aux voitures de rouler sans polluer, explique Claude. Une nouvelle source d’énergie qui remplacerait le pétrole. J’ai entendu papa en parler, il est très enthousiaste ! Il dit que cette découverte pourrait être une vraie révolution… » Elle était certes pionnière, Enid Blyton, en créant en 1941 un des premiers personnages transgenres assumés de la littérature de jeunesse, mais de là à lui faire rêver de la fin du pétrole à l’aube des Trente Glorieuses !

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