Baisse des APL : « Oui, nous sommes à 5 euros près »

Jeudi 31 août, une centaine de personnes ont manifesté jusqu’au ministère de l’Économie pour protester contre la diminution des aides au logement.

Malika Butzbach  • 31 août 2017
Partager :
Baisse des APL : « Oui, nous sommes à 5 euros près »
© photo : patrice pierrot / Citizenside

L a première mobilisation d’une longue série », prévient Jean-Baptiste Eyraud du DAL (Droit au logement) au micro. Accompagné de diverses associations (la Confédération nationale du logement, Attac…) et de syndicats (CGT, Sud-Solidaires), il entame un point presse devant le bureau de la CAF du XIIIe arrondissement de Paris. Chômeurs, syndiqués et étudiants viennent dénoncer la diminution de 5 euros par mois des aides au logement, avant que le cortège se mette en route vers Bercy, le ministère de l’Économie et des Finances.

« Je ne peux pas rester sans rien faire »

Fatima rigole en regardant sa fille de 8 ans crier les slogans : « C’est la première fois que je sors manifester, confie-t-elle. Ça me fait un peu bizarre de la voir comme ça. Mais elle ne comprend peut-être pas très bien que là, elle crie pour défendre ses droits ». Entraînée par une copine, Fatima ne s’intéresse pas à la politique en générale, « mais là, c’est différent, explique-t-elle. Cette mesure, elle me touche de plein fouet. Je ne peux pas rester sans rien faire. Combien de fois ai-je terminé mon mois avec moins de 5 euros ? Beaucoup trop. »

Manifestation de @federationdal contre la baisse des #APL annoncé par #Macron
De faux billets de 5e (montant de la baisse) sont distribués pic.twitter.com/5HdMDQCDPg— Amandine Sanchez (@mandineSanchez) 31 août 2017

Pas très loin, c’est Laurie, étudiante à Paris 3, qui lève le poing et s’époumone « Macron, Le Maire, il faut taper les riches et pas les locataires ! » Arborant un autocollant de l’Unef sur son ventre, elle est déçue du nombre restreint d’étudiants pour cette action. « On représente 40 % des bénéficiaires de l’APL, rappelle la jeune fille. J’espère qu’à la rentrée, les personnes concernées vont descendre en masse dans les rues. » D’autant que le syndicat vient de publier son enquête annuelle révélant que le logement pesait en moyenne 53 % dans le budget des étudiants.

Hasard du calendrier

Sur le trottoir, Marine regarde le cortège qui crie « On ira dormir à l’Élysée. » « Ce n’est pas bête, rigole-t-elle. Il y a de la place là-bas. » Lorsque des manifestant lui expliquent les revendications de la manifestation, elle les rejoint. « Par principe », dit-elle en souriant. « Je ne touche pas les APL, mais ça me dégoûte un peu que l’on prenne aux plus pauvres tout en accordant des milliards aux plus riches. Et puis, le mépris de certains commentateurs qui expliquaient que vraiment, 5 euros ce n’est pas beaucoup, ça m’a encore plus confortée dans ma position. » En guise de réponse, de nombreuses pancartes affichaient : « Oui, nous sommes 5 euros près. »

À lire aussi >> Le gouvernement décide de diminuer les aides au logement

D’autant que le Président avait prévenu le matin même qu’il ne s’arrêterait pas là : dans un entretien accordé au Point, il répondait qu’il envisageait d’aller au-delà de cette baisse. « C’est un hasard de calendrier, mais ça nous permet d’être à la pointe de l’actualité », rigole Eddie Jacquemart, président de la Coordination nationale du logement (CNL), à l’origine d’une pétition sur le sujet. Il faut dire que l’actualité est chargée : les ordonnances de la nouvelle loi travail, présentées le jour même, sont sur toutes les lèvres. « La baisse des APL, c’est la dérégulation du marché du logement, tout comme ce qu’ils veulent faire avec le marché du travail », analyse Éric Coquerel (député de la France insoumise). Lui aussi promet que la mobilisation ne fait que commencer.

Société
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Marié·es par amitié : la nouvelle désobéissance intime
Famille 21 juillet 2026 abonné·es

Marié·es par amitié : la nouvelle désobéissance intime

Les actes politiques se jouent aussi dans la sphère privée, loin des manifestations, des meetings ou des actions coups de poing. Dans une France toujours contaminée par le patriarcat, des ami·es s’unissent pour s’offrir plus de protection et célébrer la force du lien.
Par Céline Martelet
Quartiers populaires : une culture politique capable de mobiliser
Analyse 17 juillet 2026 abonné·es

Quartiers populaires : une culture politique capable de mobiliser

À rebours d’une démocratie réduite aux élections, une pratique quotidienne et autonome de l’engagement politique existe dans les quartiers populaires. Entre solidarités et résistances de l’ordinaire, culture de la street et parole critique, une ouverture qui tranche avec un ordre établi.
Par Ulysse Rabaté
Fraternité en résistance
Solidarité 17 juillet 2026 abonné·es

Fraternité en résistance

Dans la vallée de la Roya, à la frontière franco-italienne, des habitants ont choisi d’aider des personnes migrantes traquées par l’État français. La solidarité y est devenue un combat politique. De cette lutte est née Emmaüs Roya, une communauté agricole et sociale que raconte Cédric Herrou.
Par Cédric Herrou
Engagement populaire : la relève est déjà là
Quartiers 17 juillet 2026

Engagement populaire : la relève est déjà là

Sanaa Saitouli (Banlieues Climat) revient sur l’émergence de nouvelles personnalités politiques issues des quartiers populaires, héritières de décennies de luttes souvent ignorées. À l’approche de 2027, ces voix sont indispensables. Elles reflètent celles d’habitants concernés et conscients des enjeux sociaux, écologiques et démocratiques qui traversent aujourd’hui le pays.
Par Sanaa Saitouli