Ce soja OGM qui étouffe l’Argentine
L’essor fulgurant des cultures transgéniques dans la pampa a chassé la population et ruiné l’élevage bovin. Le film _Histoires de la plaine_ relate cette spoliation, qui fait suite à d’autres violences.
dans l’hebdo N° 1467 Acheter ce numéro

La violence la plus profonde n’est pas toujours la plus visible, suggère Christine Seghezzi dans Histoires de la plaine, qu’elle décrit comme un « documentaire radical ». Dans une démonstration cinématographique qui prend pour objet une localité de l’État de Santa Fe, en Argentine, la réalisatrice fait un usage minimal des mouvements de caméra pour rendre compte d’une société rurale quasi éteinte, submergée et résignée devant l’invasion de ses champs par le soja transgénique.
L’histoire récente de l’arrivée des cultures de soja traverse votre film du début à la fin. Pourquoi avoir mis ce fil rouge au centre d’Histoires de la plaine ?
Christine Seghezzi : Parce qu’il s’agit d’un événement déterminant pour la pampa argentine, dont les terres sont parmi les plus fertiles au monde. Je connais très bien ce pays, que je fréquente assidûment depuis une vingtaine d’années. En 2010, date à laquelle j’y ai réalisé mon précédent film, le prix de la viande bovine avait doublé, et la qualité était en chute libre. Il fallait être persévérant pour trouver un bon boucher ! Un comble en Argentine, pays internationalement réputé pour le niveau de sa production, et dont les habitants sont les premiers consommateurs de viande bovine au monde.
Il y a vingt ans, on commençait déjà à s’inquiéter de l’essor du soja. Mais, après l’énorme crise économique de 2001, qui a vu le pays au bord de la banqueroute, on a voulu faire rentrer des devises très vite. Et comme, à cette époque, le cours du soja était très haut à la Bourse de Chicago, le