Affaire de la voiture brûlée : l'acharnement du parquet se poursuit

Le ministère public a requis des peines extrêmement lourdes contre les personnes suspectées d'avoir incendié un véhicule de police le 18 mai 2016, quai de Valmy à Paris.

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Le parquet a requis vendredi de lourdes peines, allant jusqu'à huit ans de prison, contre les inculpés dans l'affaire dite du quai de Valmy, jugés pour l'attaque et l'incendie d'une voiture de police à Paris le 18 mai 2016. Le procès a été marqué par une ambiance houleuse, avec des audiences scandées par les cris des sympathisants des prévenus groupés à l'extérieur de la salle : « Tout le monde déteste la justice » ou « Flics, violeurs, assassins ».

L'instruction avait été dénoncée, avant le procès, comme partiale par un grand nombre de personnalités et d'associations, dont la Ligue des droits de l'homme. L'expression « enquête à l'envers » (résumée par la formule, attribuée par les inculpés à des policiers : « Vous avez les coupables, démerdez-vous pour trouver les preuves ! ») a notamment été employée. L'attitude du parquet a aussi été critiquée, devant l'acharnement montré par ce dernier à maintenir en détention provisoire l'un des inculpés, Antonin Bernanos.

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À l'issue de ces quatre jours de procès, et dans la droite ligne de son attitude depuis 16 mois, le procureur a requis cinq ans de prison dont quatre ferme contre Antonin Bernanos, qui a déjà fait 10 mois de détention préventive. Il a souligné qu'Antonin Bernanos « conteste farouchement » être cet individu masqué qui frappe un policier assis dans sa voiture et fracasse la lunette arrière avec un plot métallique, lors de l'attaque quai de Valmy, à Paris, dont la vidéo est devenue virale. Pour le parquet au contraire, il y a un « faisceau » d'indices qui le désignent comme coupable, allant de la couleur de son caleçon aux cernes sous ses yeux, en passant par la marque de ses chaussures ou les bagues à ses doigts.

Le parquet a demandé contre les huit autres personnes poursuivies des peines graduées selon leur implication présumée. Contre trois jeunes hommes, dont Angel Bernanos, frère cadet d'Antonin, sont requis un an d'emprisonnement avec sursis pour le délit de « groupement formé en vue de commettre des violences ». Le parquet a demandé un an de prison ferme, aménageable, contre Thomas Richaud, qui aurait donné des coups de pied et de poing dans le véhicule. Et, contre Kara Brault et Ari Rustenholz, accusés d'avoir frappé le véhicule à coups de plot métallique, respectivement deux et quatre ans de prison ferme sont requis.

« Réquisitions incroyablement excessives »

Le procureur a requis cinq ans de prison, dont deux avec sursis, contre Thomas Fensch, qui reconnaît avoir donné des coups de barre métallique à Kevin Philippy, surnommé le « kung fu policier » pour la manière dont il a paré l'attaque à mains nues. Enfin, il requiert la peine la plus lourde, huit ans de prison ferme, contre Joachim Landwehr. Ce Suisse rentré en France peu avant le 18 mai 2016, et ayant pris la fuite ensuite, est accusé d'avoir déclenché avec un fumigène l'incendie de la voiture.

Rejetant la thèse d'un procès politique, le procureur a parlé d'un « procès de casseurs » organisés en « horde », et demandé : « Où se trouvent les fascistes et les extrémistes quand on combat la police, la justice, les journalistes ? » On notera que cette phrase à elle seule pourrait valider la thèse du procès politique qu'il dément…

Prenant la parole pour la défense, Me Henri Leclerc, ancien président de la Ligue des droits de l'homme et avocat d'Angel Bernanos, a attaqué des « réquisitions incroyablement excessives ». Il s'en est pris au délit de « groupement », créé par la droite en 2009 et s'inscrivant selon lui dans la lignée des diverses « lois scélérates » venues nier la liberté d'expression au fil de l'histoire française. Les plaidoiries doivent s'achever mercredi matin. Le tribunal donnera ensuite la date prévue pour sa décision, qui avait été initialement fixée au 29 septembre.


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