Macron-Trump : l’eau et le feu

Les Présidents français et américains ont tenu des discours opposés, mais l’un et l’autre d’une crédibilité douteuse.

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Les chefs d’État du monde entier, rassemblés pour l’Assemblée générale des Nations unies, ont assisté mardi à un spectaculaire chassé-croisé entre Donald Trump et Emmanuel Macron. Tandis que le président américain promettait les flammes de l’enfer à la Corée du Nord, à l’Iran et, à un degré à peine moindre, au Venezuela, le président français revêtait les habits du faiseur de paix, ardent défenseur de l’accord de Paris sur le climat, apôtre du multilatéralisme et de la diplomatie partout où il y a guerre ou risque de guerre. L’un violentait l’organisation internationale, créée en 1945 pour éviter les guerres, tandis que l’autre apparaissait comme le bon élève de l’ONU.

La question est de savoir quelle crédibilité accorder à ces deux discours. Trump peut-il, comme il en a brandi la menace, « détruire totalement » la Corée du Nord ? À bien l’écouter, le président américain a tout de même précisé qu’il agirait seulement « si son pays était obligé de se défendre ou de défendre ses alliés ». Ce qui suppose une attaque préalable du régime de Pyongyang qui n’est pas à l’ordre du jour. Sans compter que Trump oublie un détail qui s’appelle la Chine. Quelle serait la réaction de Pékin en cas d’attaque américaine ? Il n’en a dit mot. Mais il ne peut ignorer ce « paramètre » on ne peut plus dissuasif.

Presque plus inquiétants par conséquent sont les passages de son discours sur l’Iran et le Venezuela. Trump menace clairement de remettre en cause l’accord sur le nucléaire iranien pourtant ratifié par son pays et parfaitement respecté par Téhéran. Le tout sur fond de confusions entre sunnites et chiites et d’accusations de soutien aux groupes djihadistes absolument dépourvues de fondement. En vérité, on aperçoit sur ce dossier l’influence d’Israël qui ne cesse d’instrumentaliser la « menace » iranienne, et de souhaiter la destruction du Hezbollah libanais, allié de l’Iran. Mais la remise en cause de l’accord signé par Barack Obama porterait un coup fatal à la crédibilité des États-Unis et sèmerait le chaos dans les relations internationales.

Sur le climat, un discours macronien incohérent

Quant au Venezuela, quels que soient les crimes de Maduro contre son peuple, on imagine mal une intervention des États-Unis qui mobiliserait toute l’Amérique latine contre eux, et réveillerait le souvenir des pires heures de l’ère Nixon. Au total, si on peut douter de la capacité de Trump de mettre à exécution ses menaces, on peut tout de même craindre que la violence mette le monde à la merci du moindre dérapage. En bon populiste, Trump continue de flatter son électorat. Mais la tribune de l’ONU n’est pas le meilleur endroit pour cela.

Le discours d’Emmanuel Macron était infiniment plus doux à nos oreilles. Cela ne nous empêche pas de nous interroger également sur sa crédibilité. Certes, Trump tient un discours de guerre, pendant que Macron prononce une parole de paix. Encore faut-il que cette parole soit cohérente avec l’action du Président français. Ce n’est hélas pas le cas, notamment sur l’un des dossiers où il s’est le plus engagé : la lutte contre le réchauffement climatique. La probable ratification par la France du Ceta, l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada, calamiteux pour l’environnement, est en parfaite contradiction avec les propos sympathiques prononcés à l’Assemblée générale de l’ONU. Sans parler de l’énorme problème démocratique que pose cet accord qui va donner aux multinationales un pouvoir juridique parfois supérieur à celui des États. C’est la grande incohérence du discours de mardi.

Macron s’inscrit hélas dans une tradition bien française des grands discours écologistes dans les enceintes internationales, aussitôt oubliés de retour à Paris. Chirac, Sarkozy et Hollande ont été des précurseurs. En revanche, le président français a bien fait de qualifier l’accord sur le nucléaire iranien de « robuste et vérifiable » et d'« utile à la paix ». De même, sur la Syrie, Emmanuel Macron a levé quelques ambiguïtés en qualifiant de « criminel » Bachar Al-Assad, et en souhaitant qu’il soit jugé. Même si, « par pragmatisme », a-t-il précisé au cours de sa conférence de presse, il n’écarte pas le dictateur syrien du « groupe de contact » qu’il appelle de ses vœux pour résoudre la crise qui ravage le pays depuis plus de six ans. Là encore, Trump a tenu un autre discours, nettement plus martial. Il avait oublié la Chine dans le dossier coréen. Il oublie la Russie dans la crise syrienne.


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