Menaces de pénurie de café pour cause de réchauffement climatique

Une réunion discrète de spécialistes organisée par des producteurs et des multinationales du café vient de faire un point pessimiste à Nairobi.

Claude-Marie Vadrot  • 28 septembre 2017
Partager :
Menaces de pénurie de café pour cause de réchauffement climatique
© photo : ANTOINE LORGNIER / BIOSPHOTO

Le café, plus exactement le bon café, pousse essentiellement dans les contrées montagneuses ou collinaires, et relativement fraîches, des tropiques, quel que soit le continent. Mais, comme les températures moyennes de ces régions sont à la hausse, sous l’influence du réchauffement climatique, les plantations de caféiers doivent chaque année « grimper » un peu plus dans les hauteurs. Lesquelles ne sont évidemment pas extensibles à l’infini. D’autant plus que dans les zones tropicales comme la Tanzanie, le Mozambique, le Kenya ou les nations d’Amérique centrale, l’élévation des températures moyennes est souvent plus rapide qu’ailleurs. L’industrie et le commerce du café ont donc récemment réuni discrètement dans la capitale kenyane, Nairobi, quelques spécialistes, dont les conclusions sur l’avenir de cette baie originaire d’Éthiopie, ne sont pas optimistes.

Car le phénomène a au moins deux conséquences : d’abord, les populations locales se voient progressivement privées de cultures ou bien constatent, comme en Colombie, au Venezuela ou en Côte d’Ivoire, que les rendements sont de plus en plus souvent divisés par deux ou trois. Cela diminue les ressources de planteurs ou des travailleurs agricoles et pèse sur la balance commerciale de leurs pays. Ensuite, si les conditions continuent à évoluer dans le même sens, il y a menace que le café devienne une denrée de plus en plus rare et donc de plus en plus chère. Donc de moins en moins accessible aux consommateurs, des pays industrialisés mais aussi ceux du Sud.

Pénurie de pollinisateurs

Pour retarder l’inéluctable, les planteurs peuvent protéger leurs arbustes à café avec des arbres qui leur procurent à la fois de l’ombre et la fraicheur nécessaire. Ils peuvent aussi, mais ce n’est pas toujours facile, développer ou préserver les espaces forestiers qui entourent les plantations. Pour obtenir ou maintenir la fraîcheur relative mais aussi parce que ces zones boisées abritent la vie des insectes pollinisateurs nécessaires aux récoltes abondantes. La question est d’autant plus cruciale que la majorité de ces insectes, y compris les abeilles, ne peuvent pas suivre les caféiers en altitude ou migrer vers la nord ou vers le sud, car leur survie est liée à des écosystèmes particuliers qui n’existent pas ailleurs. Ainsi, non seulement les investissements d’adaptation, de déménagement et de protection des plantations représentent des fortunes hors de portée pour de nombreux pays, mais en plus, les entomologistes estiment que seule une infime partie des pollinisateurs pourraient suivre. Cela implique une diminution déjà constatée du niveau des récoltes.

Crainte spéculative

Ainsi, les chercheurs de l’université sud-africaine de Witwatersrand ont mesuré que depuis 1970 la production tanzanienne de café a chuté de 50 % et que la moyenne de grains à l’hectare est passée de 225 kilos à 137 à l’hectare pour un petit producteur.

Pour éviter que les bourses spécialisées ne s’affolent, pour que la spéculation ne bouleverse pas le marché, rien n’a encore filtré des conclusions des spécialistes. Mais, il paraît certain à terme, que l’avenir du café pourrait être menacé. Comme celui du thé, et toujours pour des raisons climatiques, dans le nord de l’Inde.

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Le cercle des poètes de Gaza
Reportage 21 juillet 2026 abonné·es

Le cercle des poètes de Gaza

Ils ont entre 18 et 25 ans. À l’appel de l’Institut français de Gaza et de l’ONG Academic Solidarity with Palestine, une soixantaine de jeunes Gazaouis ont envoyé des poèmes et des vidéos en français pour dire la guerre, les absents ou encore l’avenir qu’ils tentent d’imaginer.
Par Alice Froussard
« Avec les lois Duplomb 1 et 2, nous sommes passés du déni de sciences au déni de réalité »
Entretien 20 juillet 2026 abonné·es

« Avec les lois Duplomb 1 et 2, nous sommes passés du déni de sciences au déni de réalité »

Depuis la proposition de loi Duplomb adoptée en juin 2025, l’écologue Philippe Grandcolas ne cesse d’alerter sur les reculs environnementaux et la désinformation scientifique. Il s’inquiète des conséquences de l’adoption de la loi d’urgence agricole, soumise au vote de l’Assemblée nationale et du Sénat, ces lundi 20 et mardi 21 juillet.
Par Vanina Delmas
Prisonniers syriens en Israël : « Nous voulons savoir où sont nos enfants »
Reportage 17 juillet 2026 abonné·es

Prisonniers syriens en Israël : « Nous voulons savoir où sont nos enfants »

Quarante-sept Syriens seraient aujourd’hui détenus dans des prisons israéliennes. Dans les villages du sud de la Syrie, les familles tentent de localiser un fils, un mari ou un père dont elles sont sans nouvelles depuis parfois plusieurs mois.
Par Pauline Vacher et Charles Cuau
« Les centres de détention libyens sont, par définition, des camps de concentration »
Entretien 10 juillet 2026 abonné·es

« Les centres de détention libyens sont, par définition, des camps de concentration »

David Yambio, fondateur de Refugees in Libya se dit « hanté » par le silence des Européens après que les députés européens ont adopté le règlement « Retour ». Il explique qu’en Libye, les politiques de l’Union européenne retiennent des milliers de personnes prisonnières et les condamnent à mort.
Par Pauline Migevant